Difference between revisions 81820975 and 81962857 on frwiki

{{à sourcer|date=novembre 2009}}

Le '''Vedānta'''<ref>''[[The Sanskrit Heritage Dictionary]]'' de [[Gérard Huet]]</ref> ([[devanāgarī]]: वेदान्त. Terme [[sanskrit]] signifiant « fin, ou aboutissement, du [[Veda]] ») est une école de [[philosophie indienne]] ''āstika''<ref>āstika : qui reconnaît l'autorité des Ecritures sacrées comme les [[Veda]]s</ref> issue de la tradition ancienne de l'[[Inde]] qui se consacre à la réalisation de la réalité ultime ([[Moksha|mokṣa]]). Le Vedānta est la pensée Non-dualiste de l'Inde qui affirme l'unité du monde et de l'être.

La littérature upanishadique constituait la partie [[exégèse|exégétique]] du Veda ; le terme, qui finit par désigner l'ensemble des systèmes [[doctrine|doctrinaux]] fondés sur les écrits védiques ([[Upanishad|Upaniṣad]], [[Bhagavad-Gita|Bhagavad Gītā]] , [[Brahma Sutras|Brahma Sūtra]] essentiellement), donna son nom au plus important des courants philosophiques [[hindou]]s<ref name=bellinger>d'après ''L'encyclopédie des religions'' de Gerhard J. Bellinger, ISBN 2-253-13111-3</ref>.

== Doctrine ==
Le Vedānta définit la nature de l'Existence, enseignant que le Soi ([[âtman|ātman]]) est de même nature que le [[Brahman]], la Réalité ultime indifférenciée. La perception de cette réalité est obscurcie en l'homme par la fausse idée ([[vikalpa]]) qu'il a de lui-même et du monde, l'empêchant de vivre la plénitude de l'unité.<ref>Māṇḍūkya Upaniṣad et Kārikā de Gauḍapāda, publiée et traduite par E. Lesimple. Librairie d’Amérique et d’Orient, Adrien Maisonneuve, Paris, 1981, p. 26. Kārikā 1, 17-18 : « Comme une corde, imprécise dans les ténèbres, est prise pour un serpent, un filet d’eau ou d’autres objets, l’ātman, pareillement, est imaginé autre qu’il n’est. De même que, la corde une fois discernée, la fausse idée (vikalpa) disparaît et l’on dit ‘Ce n’est pas une corde’, pareillement l’ātman doit être réalisé comme non-dualité. »</ref> Dans les [[Upanishad|Upaniṣad]], la Conscience pure, appelée [[Brahman]] (le Soi universel), est présentée comme le substrat de l'univers, à partir duquel apparaissent le monde et aussi la conscience individualisée ([[Ahamkara|ahaṃkāra]]). Mais toutes ces formes, selon le Vedānta, ne sont que des apparences illusoires, parce que seul le Brahman existe en réalité. Le monde tout entier n'est pas ce qu'il semble être : il n'a pas d'existence indépendante, il est la manifestation d'une réalité ultime, il est une simple apparence, et il surgit par le jeu de [[mâyâ|māyā]], le pouvoir créateur inhérent au Brahman.

C'est sur ce dernier aspect que l'[[Advaïta Védanta|Advaita Vedānta]] qui est l'une des écoles la plus représentative du Vedānta aujourd'hui, insiste particulièrement ([[Adi Shankara|Ādi Śaṅkara]], [[800]] ap. J.-C.) C'est elle qui est à l'origine du concept de la Non-Dualité telle qu'elle s'est répandue à travers le monde et principalement en Occident. On dit de Shankara<ref>Lire le Viveka Cuda Mani de Shankara "Le plus beau fleuron de la discrimination" dans sa traduction française</ref> qu'il a influencé beaucoup de penseurs indiens comme [[Sri Aurobindo]], [[Tagore]], [[Osho]], [[Ramana Maharshi]] et beaucoup de scientifiques étrangers comme [[Schrödinger]] et [[Albert Einstein|Einstein]].

Les autres écoles du Vedānta sont : [[Vishistadvaita|Viśiṣṭādvaita]] de [[Rāmānuja]], [[Dvaitadvaita|Dvaitādvaita]] de [[Nimbarka]], [[Dvaita]] de [[Madhva]], [[Suddhadvaita|Śuddhādvaita]] de [[Vallabha Acharya]], [[Bhedabheda|Bhedābheda]] de [[Bhāskara]].

On peut résumer  cette voie de la connaissance absolue enseignée dans les Upaniṣad par ces trois déclarations :
* seul le brahman est réel (brahma satyam)
* le monde est illusoire (jagan mithyā)
* l'individu n'est pas différent de brahman (jîvo brahmaiva nāparah).

L'étudiant doit réaliser que le Soi en lui n'est pas différent de brahman, par une expérience directe : l'[[Âtman|Ātman]] est [[Brahman]], ce qui l'amène à percevoir la présence du brahman en tout. 

C'est le maître (guru) qui aide l'étudiant à réaliser sa nature éternelle en lui délivrant l'enseignement, résumé par cette grande déclaration :  
* ''Tat tvam asi'' : "Tu es Cela"

Ayant reçu l'enseignement, l'étudiant doit réfléchir par lui-même, et il doit aussi méditer sur le Soi. La contemplation sur le message des Ecritures est un support pour cette méditation, comme ce mantra par exemple qui affirme notre nature divine et pleine de félicité :
* ''So'ham'' : "Je suis Lui"

Pour l'Advaita Vedānta, l'univers est une unique entité, une Totalité interconnectée. Les distinctions entre objets résultent de l'ignorance de la vraie nature de la Réalité, identique au [[brahman]], qui transcende le temps et l'espace. Dans cet état d'ignorance, l'individu est prisonnier des illusions du monde et n'échappe pas aux [[réincarnation]]s successives, fruit de son [[karma]].

Le Vedānta a associé à son développement ultérieur d'autres éléments philosophiques empruntés à un autre système Indien, le [[Sāṃkhya]], qui définit par exemple trois "qualités" (les [[Guna|guṇa]]) présidant à la Nature, trois modes d'existence, trois modalités de la matière : 
* ''[[tamas]]'' (ténèbre), principe inférieur d'obscurité, d'inertie, de lourdeur, d'ignorance (notamment spirituelle), d'incapacité.
* ''[[rajas]]'' (rouge), principe de désir, action et passion.
* ''[[sattva]]'' (le fait d'être), principe supérieur d'équilibre, d'harmonie, de lumière, de sincérité, de pureté.

Advaita signifie littéralement « pas deux, non duel ». C'est la doctrine du [[monisme]] avancée par Ādi Śaṅkara. La réalité est classée en trois niveaux : Transcendental, Pragmatique et Apparent. Comme en comparaison du Brahman, qui est la Réalité Suprême, toutes les autres réalités - y compris l'univers, les individus et même [[Ishvara|Īśvara]] (le Seigneur Suprême) - ne sont pas réelles. L'univers, les individus et Ishvara sont vrais seulement dans le niveau Pragmatique. Shankara dit qu'ils ont une "réalité relative". Pour les Advaitistes (non-dualistes), la Réalité Ultime s'exprime comme ''nirguna-Brahman'', "Absolu sans qualité", "Dieu sans attribut". Le Brahman est Vérité infinie, Conscience infinie et Félicité infinie (Sat-Chit-Ânanda). Le Brahman absolu devient le Seigneur Suprême (Īśvara) sous l'effet de Son pouvoir créateur appelé [[Mâyâ|Māyā]]. L'univers matériel, et l'apparence des âmes individuelles innombrables, sont aussi à cause de la Māyā. La vraie connaissance (Jñāna) du Brahman est le moyen de la libération - quand l'âme individuelle réalise qu'elle n'est rien d'autre que le Brahman ; cependant, les bons Karma (fruits de l'action juste) et la [[Bhakti]] (dévotion) sont également reconnus comme des soutiens dans la voie vers la vraie connaissance.

== Gauḍapāda et le Vedānta ==

Le plus ancien commentateur du ''Vedānta'' est [[Gaudapada|Gauḍapāda]] ([[VIe siècle|VIe]] ou {{VIIe siècle}} de l'ère courante), maître de [[Govinda Bhagavatpada|Govinda]] et auteur de la '' Gaudapadiya [[Karika|Kārikā]] '', un commentaire de la ''Mândukya-upanishad''<ref name=bellinger/>. Pour lui, ''ātman'' et ''brahman'' coïncident, et il n'existe ni multiplicité ni devenir ; aussi les consciences individuelles et le monde empirique ne sont-ils qu'illusion : « De même qu'une corde, dans l'obscurité, peut être prise pour un serpent, de même l'''ātman'' est pris à tort pour le monde, dans l'obscurité de la non-connaissance<ref name=bellinger/>.»

== Śaṅkara et le Vedānta ==
[[Fichier:AdiShankara1.jpg|thumb|[[Adi Shankara| Ādi Śaṅkara]]]]
L'un des interprètes les plus connus du ''Vedānta'', [[Adi Shankara|Ādi Śaṅkara]] ([[788]]-[[820]]) peut être considéré comme le [[philosophe]], pionnier et réformateur le plus marquant de la philosophie [[hindouisme|hindoue]]<ref name=bellinger/>. C'est Śaṅkara qui a mis le Vedānta dans sa forme définitive.

Selon Śaṅkara, la plus haute vérité est constituée par la « doctrine d'unité », l'''advaita'' ou non-dualisme. Śaṅkara enseigne en effet un strict [[monisme]] selon lequel dualité ou multiplicité constituent le voile qui masque la vérité, sont donc une « illusion » (''māyā''). Le principe fondamental du monde, le « pouvoir infini, omniprésent » (''brahman'') et le soi (''ātman'') sont pure unité<ref name=bellinger/>.

Le ''brahman'' universel et l’''ātman'' individuel ont entre eux le même rapport que celui existant entre l'espace universel et des espaces distincts (par exemple, une pièce, l'espace d'un pot...) ; seules des notions les font apparaître distincts et séparés. Si l’''advaita'' est l'unique réalité, alors le monde empirique dans sa multiplicité peut seulement être ''māyā'', résultat de la non-connaissance (''avidyā''). La vérité absolue de l'identité du ''brahman'' (Âme universelle) et de l’''ātman'' (Âme individuelle) ne s'ouvre à l'homme qu'au moyen de la « connaissance suprême » (''para-vidyā''), opposée à la « connaissance inférieure » (''aparavidya'')<ref name=bellinger/>.

Le stade de l'''aparavidya'' est caractérisé par une vision relative de la réalité et par [[Brahmâ|Brahmā]], le Dieu Créateur conçu comme divinité anthropomorphique.  La connaissance inférieure, premier degré menant à la connaissance suprême, ne peut offrir qu'un soulagement temporaire et très précaire. Seul celui qui a déjà atteint une connaissance plus haute parvient à la vraie libération<ref name=bellinger/>.

Shankara est l'auteur de nombreux commentaires des ''[[Upanishad|Upaniṣad]]'', dont le plus important est celui apporté aux [[Brahma Sutras|Brahma-sūtra]], 555 [[sûtra|sūtra]] (« aphorismes ») du sage [[Vyasa|Bādarāyaṇa]]<ref name=bellinger/>. Il a aussi écrit [[Viveka Chudamani|Viveka Cūḍāmaṇi]] (''Le plus beau fleuron de la discrimination''), l'un des grands écrits de la philosophie indienne.

== Rāmānuja et le Vedānta ==

À la différence de Shankara et de son rigoureux monisme, [[Râmânuja|Rāmānuja]] (env. [[1017]]-[[1137]]), fondateur du [[Vishistâdvaita|Viśiṣṭādvaita]], prône un [[monisme]] qualifié, selon lequel le monde empirique et les consciences individuelles sont réels même en tant qu'attributs de l'Absolu<ref name=bellinger/>.

L'âme de l'homme et la divinité sont unies par un rapport, non d'identité mais de ressemblance, et exercent l'une sur l'autre une activité réciproque. Il s'ensuit qu'au moment de la délivrance suprême, la conscience de l'homme ne perd pas son individualité pour se fondre dans l'Un coïncidant avec Tout, mais conserve ses caractéristiques et le même rapport avec l'Absolu<ref name=bellinger/>.

== Nimbārka et le Vedānta ==

[[Nimbarka|Nimbārka]] ({{XIIe siècle}}), fondateur du [[Dvaitadvaita|Dvaitādvaita]], propose une médiation entre, d'une part, la diversité des âmes individuelles par rapport à l'âme universelle, et, d'autre part, leur identité (''bheda'') : « Les [[conscience]]s, comme les [[vague]]s de l'[[océan]], ne sont ni différentes de l'Être suprême, ni totalement identiques à Lui<ref name=bellinger/>.»

== Madhva et le Vedānta ==

Selon [[Madhva]] ([[1197]]-[[1276]] - Fondateur du [[Dvaita]]) au contraire, l'Être et les consciences sont complètement différents puisque tout dépend de Dieu, unique cause absolue et indépendante<ref name=bellinger/>.

== Vallabha et le Vedānta ==

[[Vallabha Acharya|Vallabhācārya]] ([[1479]]-[[1531]] - Fondateur du [[Suddhadvaita|Śuddhādvaita]]), quant à lui, élabore une théorie fondée sur le non-dualisme total, selon laquelle le monde n'est rien d'autre que la manifestation visible de la réalité absolue<ref name=bellinger/>.

== Bibliographie ==
* Œuvres de [[Shankara]] dans Râmana Maharshi, ''Oeuvres réunies'', Paris, Éditions traditionnelles, 1988, p. 213-314 : ''Hymne dédié à Dakshinamûrti'', ''Hymne à la louange du Guru (Guru Stuti)'', ''Hymne de Hastâmalaka'', ''Connaissance de Soi (Atmâ-Bodha)'', ''Le plus beau fleuron de la discrimination (Vivéka-chûdâmani)'', ''Comment discriminer le spectateur du spectacle (Drik-Drishya-Vivéka)''.
* [[René Guénon]] : L'Homme et son devenir selon le Vedânta, Éditions Traditionnelles. ISBN 2-7138-0065-X
* ''A history of Indian philosophy'' de [[Surendranath Dasgupta]], 5 vol., 1922/1955. Un classique incontournable.
* Tattva bodha, de Shankara, Paris, Editions Chinmaya Mission France, 1996. Une présentation de la vision du Vedânta 
* Traité d'épanouissement personnel, de Swami Chinmayananda, Paris, Editions Chinmaya Mission France, 1994. Un exposé des méthodes concrètes pour expérimenter la vision de la Non-dualité.

== Références ==
<references/>

== Voir aussi ==
=== Liens internes ===
A une époque plus récente, divers penseurs, représentants ou grands sages se sont référés au ''Vedānta'' et plus particulièrement à l'''Advaita Vedānta'': 
* [[Aurobindo Ghose]] ([[1872]]-[[1950]]), 
* [[Mâ Ananda Moyî]] ([[1896]]-[[1982]]),
* [[Ramana Maharshi]] ([[1879]]-[[1950]]),
* [[Râmakrishna]] ([[1834]]-[[1886]]),
* [[Shivananda|Swami Shivananda]] ([[1887]]-[[1963]]),
* [[Swami Chinmayananda]] (1916-1993),
* [[Swami Ramdas]] ([[1884]]-[[1963]]),
* [[Swâmi Siddheswarânanda]] (1897-1957).

{{Palette|Spiritualités du monde indien|Philosophie indienne}}
{{Portail|Inde|Théopédiareligions et croyances|Spiritualité|philosophie indienne|sanskrit}}

{{DEFAULTSORT:Vedanta}}
[[Catégorie:Spiritualité hindouiste]]
[[Catégorie:Philosophie indienne]]
[[Catégorie:Courant philosophique]]
[[Catégorie:Terme sanskrit]]
[[Catégorie:Culture indienne]]

[[be:Веданта]]
[[bg:Веданта]]
[[bn:বেদান্ত]]
[[cs:Védánta]]
[[de:Vedanta]]
[[en:Vedanta]]
[[eo:Vedanto]]
[[es:Vedanta]]
[[fi:Vedanta]]
[[he:ודאנטה]]
[[hi:वेदान्त दर्शन]]
[[id:Wedanta]]
[[is:Vedanta]]
[[it:Vedānta]]
[[ja:ヴェーダーンタ学派]]
[[kn:ವೇದಾಂತ]]
[[ko:베단타 학파]]
[[ky:Веданта]]
[[lt:Vedanta]]
[[ml:വേദാന്തം]]
[[nl:Vedanta]]
[[no:Vedanta]]
[[or:ବେଦାନ୍ତ]]
[[pl:Wedanta]]
[[pt:Vedanta]]
[[ru:Веданта]]
[[sa:उत्तर-मीमांसा]]
[[sr:Веданта]]
[[sv:Vedanta]]
[[ta:வேதாந்தம்]]
[[te:వేదాంతము]]
[[uk:Веданта]]
[[vi:Vedanta]]
[[zh:吠檀多]]