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{{En travaux|ismoon|9 avril 2013}}
{{ébauche|peintre chinois}}

[[Image:Guo Xi 1072 Taibei.jpg|thumb|350px|''Début de printemps'', Guo Xi. Rouleau vertical, daté 1072. Encre et couleurs légères sur soie. 158,3 x {{unité|108.1|cm}}. Taipei, [[Musée national du palais]]]]

'''Guo Xi''' ({{chinois|c=郭熙|p=Guō Xī|w='''Kuo Hsi'''}}), ou '''Kouo Hi''' surnom : '''Shunfu'''. Né vers 1020 à [[Xian de Wen (Henan)|Wenxian]] [[Xian de Heyang|Heyang]] (province du [[Henan]]), mort vers 1090<ref name="Cihai452">Ci hai: Page 452</ref>. [[Artiste peintre|Peintre]] [[Chine|chinois]]. Après avoir été recruté comme peintre à la Cour de l'empereur [[Song Shenzong|Shenzong]] (reg. 1067-1085) des [[Dynastie Song|Song du Nord]] (960-1127), il est nommé à l'[[Académie Hanlin]] par cet empereur. Il est l'un des membres les plus éminents de cette institution et ses paysages aux puissantes montagnes tourmentées devant lesquelles se dressent des pins aux singulières branches « en pinces de crabe » sont restés parmi les plus célèbres de la peinture des Song du Nord.

== Guo Xi au sein de la peinture chinoise sous les Song  ==
{{Article détaillé|Glossaire de la peinture chinoise}}

Sous les 18 ans de règne de [[Song Shenzong|Shenzong]] et les 25 ans de règne de [[Song Huizong|Huizong]] des [[Dynastie Song|Song]] du Nord, en gros du milieu du {{sp-|XI|e|au début du|XII|e|s}}, plus exactement de 1067 à 1125, toutes les activités artistiques comme celles de l'esprit, [[Culture sous la dynastie Song|tous les champs de la culture des Song]] connaissent une  très grande activité. La diversité qui se manifeste dans le domaine de la peinture révèle ainsi tout autant de peintres archaïsants que de peintres novateurs, de traditionalistes proches du pouvoir que d'indépendants<ref group="N"> Ces indépendants seront identifiés et appréciés en Occident plus qu'en Chine en tant qu' « excentriques ».</ref>. L'un des peintres les plus appréciés pendant cette période, mais de la génération précédente, est le peintre professionnel spécialisé dans le paysage [[Xu Daoning]] (ca. 970-1051/53). Au centre de ce système, au plus près du pouvoir est constitué le groupe des académiciens, dont fait partie Guo Xi. Ce groupe des académiciens, de plus en plus cultivé, est composé d'une majorité de lettrés, du temps de Guo Xi, mais tous ne sont pas lettrés. Mais ces académiciens savent apprécier le savoir-faire des professionnels et ils doivent être capable eux-mêmes de savoir-faire, autant en calligraphie, musique ou qu'en peinture et poésie. Une nouvelle lecture de ces peintures, moins formelle et plus politique n'est pas à exclure <ref name="Elisseeff">{{harvsp|Danielle Elisseeff|2010p=135}}</ref>. Les peintres de l'Académie Hanlin devraient, dans ce cas, produire des images modèles pour le monde et pour les hommes sous le règne de l'empereur et des réformes qu'il impose<ref group="N">Celles de [[Wang Anshi]].</ref>. Face aux peintres de l'Académie : les lettrés, plus ou moins indépendants. Diplômés ayant charge administrative ou non, simples amateurs de peinture sur le temps de leur loisir, ils sont moins attachés à une image exacte de l'empire, dans le détail, qu'à une image venant du « cœur », c'est-à-dire de l'énergie intérieure en relation avec l'énergie universelle. 

Les premiers moments de la vie de Guo Xi sont encore inconnus. Guo Xi ne nous est connu qu'à la Cour en tant que peintre auquel on passe commande d'écrans et de peintures murales<ref name="Elisseeff" />. Sa période d'activité se passe pour l'essentiel pendant le règne de Shenzong. Celui-ci l'apprécie au point de faire aménager dans son palais une salle spéciale pour abriter les œuvres du peintre<ref name="James Cahill 35"/>. Guo Xi n'est pas un novateur. Il reprend des solutions de paysage construits de manière traditionnelle. Ainsi il organise la représentation de l'espace dans sa peinture en trois plans : le premier plan, le plan-moyen et l'arrière-plan selon des règles qu'appliquaient avant lui tous les peintres des Cinq Dynasties, au {{s-|X|e}}, dont [[Fan Kuan]] et [[Li Cheng]]. Mais il s'en distingue par une plus grande attention à la manifestation des « souffles »  qui parcourent autant les arbres, et leurs branches crochues, que les rochers ou les monts lointains. On pourrait donc voir dan son "''Début de printemps''" la métaphore du pays en pleine renaissance, grâce aux réformes de [[Wang Anshi]], lui aussi au service de l'empereur. Gràce à son habileté Guo Xi devient le plus admiré des peintres de l'Académie Hanlin. Puis son traité sur le paysage, un ouvrage très important sur le sujet, lui assurera encore le succès quand ses peintures auront pour la plupart disparu<ref name="James Cahill 35">{{harvsp|James Cahill|1960|p=35}}</ref>. À la mort de l'empereur, les œuvres de Guo Xi sont décrochées : on raconte qu'au début du {{s-|XII|e}}, les serviteurs s'en seraient servi comme de torchons à poussière <ref>Si les catalogues anciens mentionnent des centaines de paysages de Guo Xi, il ne nous est parvenu qu'une vingtaine d'œuvres d'attribution plus ou moins douteuse. {{harvsp|Dictionnaire Bénézit|1999|p=600}} Mais la disparition des peintures des grands artistes est un fait général dans l'histoire de l'art chinois, et ne signifie pas que ces peintures auraient été détruites, après la mort de Shenzong.</ref>! Ce revirement pourrait s'expliquer par l'implication de Guo Xi dans le mouvement des réformes de [[Wang Anshi]], qui fut ensuite balayé par le mouvement inverse, des traditionalistes.

Par l'originalité de ses peintures de paysage Guo Xi eut une énorme influence sur l'art de l'[[Académie impériale de la peinture chinoise|Académie impériale]] pendant les deux siècles suivants<ref name="Benezit 601"/>.

===Guo Xi et la peinture de paysage à la fin des [[Dynastie Song|Song]] du Nord===
En tant qu'empereur [[Song Shenzong|Shenzong]] n'a eu que de très rares occasions d'avoir une expérience directe, simple et dépourvue les lourdeurs de l'apparat impérial lors de ses déplacements à l'intérieur de l'empire. Il se pourrait que le succès de Guo Xi aurait tenu à son habileté à recréer une image de ce monde chinois, qui n'avait d'existence pour l'empereur dans une très grande distance. Cette recréation a comme dans les peintures de [[Cui Bai]], qui est lui aussi peintre au service de l'empereur Shenzong, une valeur universelle : elle signifie tout autant l'ordre du monde par son image animée par les « souffles » dans les rochers et dans les arbres que par son harmonie quasi-musicale<ref>{{harvsp|Yang Xin et al.2003|p=118}}</ref>.

Le style qu'emploie Guo Xi dans ses paysages est souvent comparé à celui de [[Li Cheng]] pour la composition et l'organisation de l'espace. Leurs deux noms ont été adjoint pour désigner une certaine tradition du paysage qu'ils ont créée : l'École Li-Guo<ref group="n">Li-Guo (École, Manière, Tradition – ): Ces genres renvoient généralement aux peintures dans le style de Li Cheng et de Guo Xi, deux paysagistes talentueux et influents de la période des Cinq Dynasties et des Song du nord. Ils sont connus pour leurs grandes peintures des vallées fluviales du Nord à la végétation éparse, avec des montagnes auxquelles l'érosion a donné d'étranges formes, et des bouquets d'arbres dénudés ou des conifères. Les peintures à la manière Li-guo expriment une froide grandeur et le sentiment de la lutte des espèces vivantes pour subsister dans les conditions rudes</ref>est la version classique, agréée par l'empereur, de la peinture de paysage et en constitue le canon officiel<ref>{{harvsp|Yang Xin et al.2003|p=119}}</ref>.

Si pour Tsung Ping (375-444), dont le traité du paysage est resté célèbre, la valeur d'un paysage est de transporter par l'imagination son spectateur dans le lieu représenté <ref name="James Cahill 35"/>, dans la peinture de Guo Xi il s'agit bien plutôt d'une image du Monde, celui que dirige l'empereur, et le réalisme d'un point de vue particulier n'est pas son objectif.

== ''Début de Printemps''  : les espaces ==
Cette peinture, la plus célèbre de Guo Xi est aussi une des très rares, signée et datée 1072, à être autographe.

Dans cette peinture Guo Xi se joue des effets de profondeur en ouvrant des couloirs entre les masses rocheuses. Le spectateur est happé dans un voyage imaginaire par ces jeux où le regard est censé suivre le cheminement du voyageur qui se glisse, tel un minuscule détail mais traité comme toute la peinture avec un soin extrême, dans ces couloirs où l'air circule avec les nuées et le mouvement de l'eau. Les cimes restant inaccessibles, le voyageur-spectateur découvre, au bout du chemin, depuis tel temple majestueux - quoique dissimulé en partie par les arbres denses - de larges panoramas creusés au fond de la peinture par de subtils effets de perspective atmosphérique avec les nuances échelonnées du lavis d'encre. 

Le résultat de ces jeux complexes où l'énergie semble se manifester par de curieuses formes chantournées est à l'opposé du naturalisme et du réalisme qui était auparavant recherché dans la peinture de paysage<ref>{{harvsp|Lesbre|Jianlong|2004|p=278}}</ref>. Les formes tourmentées des arbres, aux branches crochues, qui se déploient en tous sens sont à la fois signe de leur vigueur et de leur âge, et signe de la dureté du climat montagnard et du poids des années. Les montagnes et les rochers creusés, érodés jusqu'à en être en porte-à-faux au-dessus du vide, évoquent à la fois deux signes contraires : le signe de la stabilité de la nature et de l'usure du temps, tout comme sur les êtres vivants. L'expérience du peintre au contact du paysage réel sert à reconstruire ici une autre expérience, au sein d'un réseau d'analogies, dans le cheminement du spectateur. Florence Hu-Sterk<ref name="HuSterk">{{harvsp|Florence Hu-Sterk|2004|p=36}}</ref> signale l'analogie formelle entre la composition, les lignes directrices de la peinture et la forme du dragon chinois évoqué par la forme d'un " S " qui apparait et disparait dans les nuées. La valeur symbolique du [[dragon oriental|dragon]] exprime « l'union changeante des contraires ».

:{{Citation|Le mouvement en "S" [...] souligne les principes de symétrie, de hiérarchie et l'aspect cyclique de la nature en permanente métamorphose.}} Florence Hu-Sterk<ref name="HuSterk" />

== ''Automne dans la vallée du fleuve Jaune'' : le format ==
De nombreuses peintures ont été attribuées à Guo Xi. Pour comprendre le processus d'attribution il est nécessaire d'effectuer une comparaison entre une peinture signée, et éventuellement datée comme ''Début de printemps'', à une peinture qui présente de fortes similitudes par l'esprit et par la facture avec la peinture signée. Alors que ''Début de printemps'' est un rouleau vertical de grande taille, ''Automne dans la vallée du fleuve Jaune'' est une rouleau horizontal, portatif, bien plus petit. Cependant le traitement de l'espace y est similaire, avec ici une bande d'arbres au premier plan qui fait repoussoir et creuse l'espace vers une zone vide, au loin, comme des brumes de chaleur qui nous conduisent jusqu'à des montagnes lointaines. Mais dans ce rouleau horizontal, qui doit être déroulé par section sur une table et contemplé de très près, les transitions se font avec plus de nuances que dans le grand rouleau vertical, destiné à rester suspendu au moins pendant le temps de la contemplation, les contrastes sont plus vifs, les masses noires plus denses.

Comme dans ''Début de printemps'', chaque détail est traité avec une égale minutie. Sur le fragment qui est reproduit ici, on peut distinguer un homme aisé s'approchant d'une auberge de campagne. Le spectateur est encore invité, à quelqu'endroit qu'il soit dans la peinture, à détailler l'espace comme s'il y était physiquement et à s'y déplacer librement<ref>{{harvsp|James Cahill|1960|p=39}}</ref>.

== Le peintre théoricien==
Guo Xi n'est pas seulement le peintre le plus reconnu de son époque, il a aussi laissé un important traité de paysage, le plus important pour la période Song. Ce texte : le ''Linqam Gaozhi'' (Haut Message des forêts et des sources), complété par une introduction et des notes de son fils Guo Si (actif au début du {{s|XII|e}}), permet de rencontrer les idées du peintre vis-à-vis de la Nature et vis-à-vis de son art, ses expériences et conceptions. Ce texte lui donne l'occasion de signifier que la peinture qu'il préconise est censée être une véritable recréation des apparences et des dispositions du monde naturel mais doit aussi glorifier l'ordre impérial, considéré comme la forme terrestre de l'ordre cosmique<ref>{{harvsp|Yang Xin et al.2003|p=116}}</ref>.

Guo Xi critique les peintres qui se réfèrent à un seul maître. Il préconise de multiples références artistiques et surtout l'observation directe de la Nature. C'est probablement le sentiment que lui inspire la Nature et à son contact, tout en ayant opéré la fusion de ses références, qui l'amène à manifester sa propre vision et où le mouvement et l'énergie de la Nature se trouvent exprimés par d'innombrables jeux de courbes et contre-courbes, presque [[baroque]]s. Ceci est bien perceptible dans les «rides en nuages enroulés» (''juan yun can''), une innovation de Guo Xi qui donne aux rochers leur aspect tourmenté, en volutes. 

Par ailleurs le traité énonce les règles de représentation de l'espace qui ont cours depuis les Cinq Dynasties<ref>{{harvsp|Danielle Elisseeff|2010|p=135}}</ref> : la peinture est composée sur trois plans, du premier à l'arrière-plan, et les sujets ont trois rapports de taille : les hommes, les arbres et la montagne, du plus petit au premier plan et en bas au plus grand, à l'arrière-plan, dans le lointain au sommet de la peinture. Ce qui permet de représenter l'espace selon « les ''trois modes de distanciation (san yuan)'' : distance en altitude, distance en profondeur et distance en plan » <ref name="Benezit 601">{{harvsp|Dictionnaire Bénézit|1999|p=601}}</ref>.

==Notes « classées » sur Guo Xi ==

=== L'idée en peinture et l'interprétation de l'informe : une peinture murale en relief ===
Avec l'âge Guo Xi met au point des solutions pour « concevoir des idées nouvelles » <ref group="n">''xin yi'' : « concevoir des idées nouvelles »</ref> appliqucables à de grandes peintures murales. À l'époque on racontait encore cette histoire d'un sculpteur des Tang, Yang Huizi, cet ami de [[Wu Daozi]] ne voulant pas de rivalité entre eux se serait tourné vers le modelage en relief. Comme on pouvait voir dans le district de la capitale certains de ces reliefs mémorables, Guo Xi en se remémorantsouvenant de cet évènement aurait alors « conçu une idée nouvelle ». Devant le mur à peindre, il commanda aux maçons un mur non pas lissé, comme à l'habitude, mais où le plâtre devait être projeté à la main. Le résultat devait présenter des zones creuses et des reliefs. Puis, quand le plâtre fut sec, il se mit à peindre en déterminant le contour de certaines formes en relief, ou en intégrant des zones de lavis nuancé comme sur une peinture sur soie. Il fit ainsi surgir montagnes, arbres et torrents de l'informe. Puis il fit apparaître édifices et personnages.<ref>{{harvsp|Nicole Vandier-Nicolas|1983|p=106}}</ref>.

Le fait de trouver ainsi l'idée par l'interprétation de l'informe a donné lieu à une autre pratique ancienne : l'interprétation des ombres projetées<ref group="n">''yingbi'' : « ombres projetées »</ref>. Au {{s|XI|e}} le peintre Song Di conseillait déjà, pour réaliser une « peinture vivante », d'appliquer un tissus de soie mouillée sur un vieux mur. Qui  contemplerait l'empreinte de ces reliefs aurait un support pour recréer un paysage le matin, et un autre paysage le soir.<ref>{{harvsp|Nicole Vandier-Nicolas|1983|p=106}}</ref>.

L'informe constitue pour de nombreux lettrés l'un des critères de choix dans [[peinture de lettrés|Objets emblématiques du lettré chinois|les objets qui vont les entourer]], lorsqu'ils se consacreront à la calligraphie et la peinture. En particulier les écrans de table, dont la partie centrale pouvait être en pierre polychrome et aux dessins suggestifs. Le rocher étant produit par la transformation du « souffle » ''qi''.<ref>{{harvsp|Delacour|2012|p=31}} : Histoire de l'appréciation des rochers.</ref>

===Conseils pratiques===
L'atmosphère qui enveloppe les paysages vrais varie selon les saisons, selon les jours et les heures. Pour bien connaître un paysage, il faut le regarder de plusieurs points de vue différents, de loin et de près. Pour lui donner cohérence, il faut faire jouer la lumière et l'ombre. Pour l'animer, la présence humaine doit s'affirmer discrètement, les personnages jalonner les pistes montagneuses, les temples et les hauts pavillons mettre en évidence les éléments importants du relief. Rien ne peut être négligé quand un acte essentiel est en cause. Le peintre travaille de toute son âme, avec sérieux et sévérité<ref group="n">''yanzhong'' : Sérieux et sévérité</ref>, avec zèle et révérence<ref group="n">''kedong'' : Zèle et révérence</ref>. Il écarte l'esprit de la paresse, les occasions de distractions. La création est combat.<br />
D'après [[Guo Si]], son père travaille avec autant d'attention que s'il se battait avec un dangereux ennemi. Assis devant une fenêtre claire, à une table propre, il brûle de l'encens à sa droite et à sa gauche. Il prend un pinceau fin et une encre de la meilleure qualité, il se lave les mains, nettoie ses pierres à encre comme pour recevoir un hôte de marque<ref group="n">Cf. Vandier-Nicolas, 1982, page 87</ref>. Il attend que se forme en lui l'idée<ref group="n">''yi'' : Idée</ref>,  la vision claire de son œuvre. Il connaît par expérience les secrets de la peinture. Une des sections du ''Linquan Gaozhi'' est consacrée à ces secrets<ref group="n">''jue'' : Secrets</ref>  et le premier d'entre eux intéresse la composition de l'œuvre :<br />
Quand on entreprend de peindre, il faut établir en corrélation le ciel et la terre. Pour ce faire, le peintre travaillant sur un lé (largeur d'une étoffe) de soie haut d'un pied et demi, réserve en haut l'emplacement du ciel, et en bas celui de la terre. Dans l'entre-deux s'établit l'idée et se fixent les traits de la scène. Ce schéma tire son origine d'une très ancienne conception du monde. Le grand historien [[Sima Qian]] s'exprime ainsi : «Le ciel est en haut, la terre est en bas, les diverses espèces d'êtres sont réparties entre le ciel et la terre suivant leurs différentes natures»<ref group="n">Sima Qian, ''Shiji (Mémoires historiques)'', éd. Par. E. Chavannes, vol. III, 2, Paris, 1905, {{p.|206-207}}</ref>.  Dans le ''[[Tao Tö King|Laozi]]'', l'un des texte fondamentaux du taoïsme philosophique<ref group="n">''Daojia'' : Taoïsme philosophique</ref>,  on lit ceci :
:«L'espace entre le ciel et la terre,
:Comme il ressemble à un soufflet de forge!
:Vidé, il n'est pas épuisé,
:Mis en branle, il produit de plus en plus»<ref group="n">''Laozi''  chap. 5</ref>{{,}}<ref name="Nicole Vandier-Nicolas 106"/>.
===Peinture et philosophie de la nature===
*Préface de Guo Si au ''Linquan Gaozhi'' ( Le Haut Message des Forêts et des Sources )
:« L'aventure ici décrite n'est pas étrangère à celle du rêve. Mais l'esprit qui la vit reste le maître d'œuvre ».<br />
Le message de Guo Xi est transmis par son fils Guo Si qui en témoigne en préface au ''Linquan Gaozhi''<ref group="n">Cf. Vandier-Nicolas, 1982, page 82</ref>
:« Au temps où moi, Si, jeune enfant aux cheveux nattés, je suis mon père en ses errances parmi les rochers et les sources et, chaque fois qu'il se met à peindre, il dit:
:« Pour peindre les montagnes et les eaux, il y a une méthode. Comment peut-on travailler avec négligence ? »
:« Si l'homme supérieur aime le paysage, quelle en est la raison ? »<ref name="Nicole Vandier-Nicolas 106">{{harvsp|Nicole Vandier-Nicolas|1983|p=106}}</ref>.
La réponse intéresse le besoin profond d'un homme de bien : se cultiver, nourrir en soi l'originelle nature dans sa simplicité<ref group="n">''yang su'' : Nourrir en soi l'originelle nature dans sa simplicité</ref>. Pour qui vit dans le siècle, la nature seule peut permettre à l'homme de faire retour à l'unicité, à la spontanéité première. Se promener en sifflotant parmi les sources et les rochers, s'entretenir avec des pêcheurs et des bûcherons en écoutant crier les singes, en regardant les grues voler, tel est le désir constant du sage. La représentation vivante d'un paysage peut apporter à l'esprit la nécessaire évasion. Pour acquérir la formation nécessaire, un jeune artiste doit étudier les maîtres sans se restreindre à une seule école ; il doit aussi observer la nature de ses propre yeux. S'il se rend lui-même sur les lieux qu'il veut peindre, il prend conscience de leur aspect changeant.
:« La vision du paysage change à chacune des quatre saisons. Au printemps, les nuages sont clairs et diffus, en été, riches et denses, en automne, comme un faisceau de fils dispersés, en hiver, obscurs et solitaires (…) » <ref name="Nicole Vandier-Nicolas 106"/>.

===Leçon de peinture par Guo Xi===

Le ciel et la terre sont les deux aspects d'une unité dialectique, celle de l'univers en tant qu'expression de l'Un. Dans le ''[[Huainan Zi]]'', il est dit : l'Un est l'origine première de toutes les créatures, le [[Tao|Dao]] incomparable<ref group="n">''[[Huainan Zi]]'' : Recueil taoïste et mystique composé à la fin du {{IIe siècle}} avant notre ère</ref>.<br />
Au sein de l'Un, du Dao, du grand Vide, toutes choses prennent forme et s'ordonnent spontanément. En mettant en corrélation le haut (ciel) et le bas (terre), le peintre crée un monde complet où le souffle de vie peut, en circulant, donner cohérence aux éléments composants de son œuvre. Dans un paysage de montagnes, il ordonne les collines et les monts autour d'une cime maîtresse. Il s'inspire en cela des rapports qui s'établissent entre le seigneur et ses vassaux<ref group="n">''junchen''  Vassaux : Cf. ''Liji'', chap. I. et F.S. Couvreur, ''Li Ki ou mémoires sur les bienséances et les cérémonies'', I, Ho Kien Fou, 1899, chap. I, {{p.|5}}</ref>.  Qu'il s'agisse de l'univers, de la société ou de l'homme, il n'est d'ordre véritable que fondé sur le respect des justes hiérarchies : « Le grand mont majestueux règne sur toutes les montagnes moindres. Son aspect rappelle celui d'un empereur régnant glorieusement au milieu des princes assemblés à la cour »<ref name="Nicole Vandier-Nicolas 107">{{harvsp|Nicole Vandier-Nicolas|1983|p=107}}</ref>.

Si les rapports sont bien établis entre les éléments d'un ensemble, l'ordre se manifeste dans l'harmonie. Dans le corps de la peinture comme dans le corps du monde, le souffle circule librement, les changements saisonniers s'effectuent régulièrement, la lumière et l'ombre alternent naturellement. Cette idée est celle du peintre, celle d'un homme qui voit la vie même du monde. Le souffle originel de l'homme est pareil à celui du ciel et de la terre… Il est la source du souffle vivant. Un grand mythe cosmologique exprime cette croyance, celui de [[Pangu|Pan Gu]], géant primordial qui se transforme en mourant : « Sa tête devient les quatre pics, ses yeux, le soleil et la lune, sa graisse, les fleuves et les mers, ses cheveux et sa barbe, les herbes et les arbres »<ref group="n">Maspéro, 1972, {{p.|374}}</ref>{{,}} <ref name="Nicole Vandier-Nicolas 107"/>.

La présence de l'homme dans la nature s'exprime aussi à travers le ''Haut Message''. « La montagne et les cours d'eau pour artères, les herbes et les arbres pour chevelure, les brumes et les nuages pour teint. […] L'eau à la montagne pour visage, les kiosques et les pavillons pour sourcils et yeux, la pêche comme source d'animation »<ref group="n">Vandier-Nicolas, 1982, {{p.|93-94}}</ref>. Les rochers sont à l'univers ce que le squelette est à l'homme. Pour créer de vraies montagnes, de l'eau qui coule et qui murmure, il faut être maître de son pinceau comme de son encre. Pour décrire la texture des choses (pierre, montagne, arbre), leur relief, les jeux de l'ombre et de la lumière, il faut, à l'intérieur des contours, tracer les rides, ce qui se fait en frottant avec un pinceau pointu manœuvré de biais. Il faut aussi connaître les secrets du lavis d'encre<ref name="Nicole Vandier-Nicolas 107"/>. 

Comme l'écrit Focillon, la technique n'est mécanique en aucune manière<ref group="n">H. Focillon, ''Vie des formes'', [[Paris]], 1939, {{p.|77}}</ref>,  elle est une force vivante qui se ressource dans l'esprit. Guo Xi sait le prix de la sérénité, il sait que les êtres et les choses ne révèlent leur véritable nature qu'en se reflétant dans le miroir d'un cœur pacifié. Il rappelle le besoin de solitude et de silence qu'éprouvent les grands artistes. Comment un joueur de [[cithare]] accorde-t-il son instrument au bruissement du vent et au murmure de l'eau courante s'il ne repose pas lui-même au centre de l'universelle harmonie ? La poésie peut aider le peintre à trouver le recueillement dans le bruit du siècle : « ainsi que le dit un ancien : un poème est une peinture invisible, une peinture est une poésie invisible »<ref name="Nicole Vandier-Nicolas 107"/>.

===Hommage de son fils ===
Mon père, ce puissant artiste, riche en vertus cachées et porté à une vie retirée, que je présente ici avec humilité, n'est sans doute pas resté étranger aux pensées de son temps. [[Zhang Cai]] (1020-1077), grand maître de « l'École de l'Étude du [[Tao|Dao]] »<ref group="n">''Daoxue jia'' : École de l'Étude du [[Tao|Dao]]</ref>,  est son contemporain. Il parle de l'Un (le Suprême Ultime, le Dao) où les contraires se réconcilient dans la « Grande Harmonie »<ref group="n">''Taihe'' : Grande Harmonie</ref>.  De l'interaction du vide et du plein, du mouvement et du repos, du rassemblé et du dispersé, du trouble et du clair émanent des forces qu’il qualifie par une expression empruntée au ''Zhuangzi'' « Yin Yun » (l’union macrocosmique du ciel et de la terre). « Yin Yun est, dans le ''[[Tchouang-tseu|Zhuangzi]]'', associé à l’image des chevaux sauvages<ref group="n">''yema'' : Chevaux sauvages</ref>,  évocatrice de vigueur et de liberté<ref group="n">Cf. ''Zhuangzi'', chap. IX</ref>. Les chevaux sauvages courent et bondissent dans la neige et sous la bise<ref name="Nicole Vandier-Nicolas 108">{{harvsp|Nicole Vandier-Nicolas|1983|p=108}}</ref>.

Ainsi jouent, dans le Grand Vide, les émanations du ciel et de la terre. Le ''Taixu'' est le lieu absolu où s'ébat le Souffle, où la mutation créatrice s'opère dans le « vent divin »<ref group="n">Robinet, 1979, {{p.|196}}</ref>. Uni au Dao, l'homme de bien a le pouvoir d'animer la mutation et le devoir de réaliser dans l'univers l'ordre et l'harmonie. Capable comme le ''junzi'' ([[honnête homme|« honneste » homme]]) d'accéder à la connaissance du principe ultime, le peintre a la même mission. Guo Xi ne l'ignore pas. Le respect dont il entoure son propre travail le prouve. Il se prépare à peindre comme si un acte sacré va s'accomplir par son intermédiaire. Peu de chose sont connue de sa vie antérieure. D'après son fils, il a étudié le taoïsme et s'est initié aux techniques de longue vie, « crachant le vieux souffle et introduisant le souffle neuf »<ref group="n">Maspero, 1972, {{p.|375}}</ref>{{,}}<ref name="Nicole Vandier-Nicolas 108"/>.

Il sait que l'homme respire comme le monde, et qu'en chaque journée, il est temps pour inspirer et un temps pour expirer. L'adepte taoïste ne se livre aux exercices respiratoires qu'au temps du « souffle mort ». À la réflexion [[Néoconfucianisme|néo-confucéenne]],  le taoïsme apporte une cosmologie fondée sur le ''Livre des Mutations''. Dans sa préface au ''Haut Message'', Guo Xi se réfère sans cesse au ''Xici'', le grand commentaire du ''[[Yi Jing]]''. Ce sont là autant d'indices quant à la démarche du peintre qui ne doit pas être dissociée de celle du philosophe. Le peintre éprouve l'univers, il devient ce qu'il contemple après s'être concentré en toute sincérité<ref group="n">''cheng'' : Sincérité</ref>{{,}}<ref name="Nicole Vandier-Nicolas 108"/>.

== Notes sur son influence dans l'histoire de l'art chinois, et sur sa fortune critique ==
L'influence de Guo Xi dans l'Académie Impériale est très puissante, et cet ''Automne dans la vallée du fleuve'' permet de croire qu'il est l'un des responsables de la formation d'un esprit nouveau, plus intime, qui domine tout le paysage pendant les deux siècles suivants. Les premiers signes de ce changement sont bien antérieurs à Guo xi. Le format et la façon de regarder le rouleau horizontal font certainement beaucoup pour inciter les peintres à rapprocher leurs sujets. L'illusion de l'espace vide que recherche, parmi d'autres, Guo Xi, est renforcée par un procédé de composition sans doute inventé par [[Li Cheng|Li T'ang]] et adopté, après lui, par tous les peintres des [[Dynastie Song|Song]] du Sud. Il consiste à diviser la surface picturale à l'aide d'une diagonale, le premier plan, avec les éléments les plus lourds, étant situé uniquement dans la partie inférieure <ref>{{harvsp|James Cahill|1960|p=40}}</ref>.
La vision que les peintres de paysage donnent, au début des [[Dynastie Song|Song]], des terres sèches et altières du Nord, trouve en Guo xi son expression la plus haute. Un traité remarquable, le ''Linquan Gaozhi (Le Haut Message des Forêts et des sources)'' apporte, sur l'idée que ce très grand peintre se fait de son art, sur son attitude face à la nature, sur les techniques picturales de son époque, un témoignage vivant. Le lecteur du ''Haut Message'' est appelé à l'attention qu'exigent du peintre les multiples aspects d'un paysage. Selon les saisons, les jours, les heures, un paysage se transforme. Il peut même changer d'un instant à l'autre selon les mouvements atmosphériques. Ainsi chaque saison, pour un même thème, peut inspirer une expression neuve : tel site au printemps peut être vu sous la neige ou sous la pluie, dans la froidure des nuages ou sous le voile léger d'une brume qui se lève<ref>{{harvsp|Nicole Vandier-Nicolas|1983|p=103}}</ref>.

La plus célèbre de ses œuvres est ''La Naissance du printemps''. Dans cette peinture, le traitement des rochers doit beaucoup à [[Li Cheng]], mais aussi aux peintres de la fin des {{sp-|XVIII|e|et|XIX|e|s}}, Bi Hong et Zhang Cao. Né au [[Henan]] vers 1020-1025, Guo Xi reçoit, au début de l'ère ''[[xining]]'' (1065-1077), sous le règne de l'empereur [[Song Shenzong|Shenzong]] (1068-1085), l'ordre de peindre un paravent pour une des salles du palais. Appelé  à exercer une modeste charge à l'Académie impériale de Peintures<ref group="n">Académie impériale de peinture : ''Yuhua Yuan''</ref>, il se fait un nom par ses paysages et ses arbres hivernaux. D'après le ''Xuanhe huapu'', il étudie d'abord [[Li Cheng]], puis il s'abandonne à son inspiration et exprime ses propres idées sur les murs blancs des hautes salles. Donnant toute liberté à sa main, il peint de grands pins et des arbres gigantesques, des torrents sinueux, des falaises anfractueuses, des gorges profondes, des hauts pics et de magnifiques chaînes de montagnes, parfois cachées par les nuages et la brume<ref>{{harvsp|Nicole Vandier-Nicolas|1983|p=105}}</ref>.

===Les jeux de l'encre et les loisirs des lettrés===
Guo xi exerce une influence dominante dans les milieux académiques au {{XIe siècle}}. L'empereur [[Song Shenzong|Shenzong]] l'a en haute estime, et des lettrés de grand renom l'admire sans réserve. [[Su Shi]] et [[Huang Tingjian]] lui rendent hommage par : il se joue de la création. D'après le ''Xuanhe huapu'', trente peintures de Guo Xi figurent dans la collection impériale. Il semble cependant que la puissante imagination du maître inquiète l'empereur [[Song Huizong|Huizong]]. Quand il accède au pouvoir, le nouveau souverain fait remplacer par des peintures plus anciennes celles que Guo a exécutées pour une des salles du palais sur l'ordre de l'empereur. Les œuvres du maître sont reléguées dans les réserves<ref name="Nicole Vandier-Nicolas 109">{{harvsp|Nicole Vandier-Nicolas|1983|p=109}}</ref>.

Deng Chun, l'auteur du ''Huaji'' (suite à l'histoire de la peinture), raconte avec quelle joie son père, saisissant l'occasion, a pu emporter chez lui, avec l'autorisation impériale, une pleine charretée d'œuvres de guo Xi. La désaffection manifestée par l'empereur gagna les milieux officiels et les amateurs. Les peintures de Guo Xi disparaissent au fil du temps. Celles qui peuvent lui être attribuées sont maintenant très rares. Cet oubli n'est heureusement que momentané. À la cour des Song du Sud, ce grand peintre connaît de nouveau la faveur et, à la cour des [[Dynastie Jin (1115-1234)|Jin]] en [[Chine]] du Nord, ses œuvres sont de nouveau très appréciées et très recherchées. Au {{XVIIe siècle}}, son prestige ne se limite pas aux cercles académiques. [[Shitao]], cet artiste dont la règle est « celle de l'absence de règles », s'inspire de lui en peignant l'une de ses plus célèbres peintures, le paysage du mont [[Lu Shan|Lu]]. Dans le domaine de l'esthétisme, l'influence de Guo Xi est considérable au cours des siècles<ref name="Nicole Vandier-Nicolas 109"/>.
===Critique restrictive===
À l'époque des Ming cependant, [[Dong Qichang]], grand théoricien de la peinture, le classe parmi les peintres qui se tiennent trop aux règles et aux formules. Il n'est pas impossible que [[Mi Fu]], ait éprouvé des réticences analogues à l'égard de Guo. Dans son ''Huashi'' (Histoire de la peinture), il ne cite pas une seule fois Guo Xi. S'il reconnait les mérites de [[Li Cheng]] et de [[Fan Kuan]], ses préférences vont aux peintres contemporains, mais du Sud principalement<ref name="Nicole Vandier-Nicolas 109"/>.

===Remarques techniques ===
*Certains traits de style sont mis en évidence, en particulier le maniement « rapide et négligeant »<ref group="n">''caocao'' : Rapide et négligeant ou (esquisse)</ref> du pinceau : « vu de près, le dessin ne rend que peu la forme des choses, vu de loin, le panorama ressort avec éclat et fraîcheur ». Guo Xi note l'importance du point de vue : « De loin se dégagent les ‹lignes de forces›<ref group="n">''shi'' : Lignes de force</ref>, de près se révèle la ‹substance›<ref group="n">''zhi'' : Substance</ref> du sujet ». Pour figurer la « manière corporelle » des roches schisteuses, Guo Xi fait un grand usage des rides dites « nuages enroulés »<ref group="n">''yuntou cun'' : Rides « Nuages enroulés »</ref>  traitées en longs traits dessinant des volutes circulaires aptes à créer des formes fantastiques<ref group="n">Cf. Ryckmans, 1970, {{p.|74}}</ref>{{,}}<ref name="Nicole Vandier-Nicolas 109"/>.

*Pour faire apparaître des montagnes qui soient de vrais montagnes, de l'eau qui soit vraiment de l'eau, les paysages sont construits avec des points épais et sombres, ou minces et clairs. Le terme «''dian'' », point, fait partie du vocabulaire technique des peintres. Guo Xi le définit ainsi : « ce que produit la pointe du pinceau appuyé sur place ». 
== La représentation des montagnes dans la peinture de « Montagnes et eaux » ==
*Les sommets vus par Guo Xi.
Dans les paysages et dans les forêts d'hiver, il imite [[Li Cheng]]. Il possède la grâce des brumes et des nuages à demi dévoilés. Sa composition et son coup de pinceau sont sans égal à son époque. Dans sa jeunesse, il connaît à fond le ''kong-tche''<ref group="n">Le ''kong-tche'' et le ''kong-houa'' sont des termes techniques à peu près équivalents. Ils expriment cette manière détaillée et minutieuse de peindre par de petits traits fins, qui caractérise l'œuvre de [[Li Sixun]]. Guo Xi se dégage de cette manière avec l'âge puisqu'il est dit qu'à ce moment, il peint en outre « d'une façon puissante ». C'est le résumé de l'évolution du style du Nord</ref>. Dans son vieil âge, il peint en outre d'une façon puissante. Il fait souvent le ''yun-t'eou''<ref group="n">Il s'agit ici du ''yun-t'eou-ts'iun'', les traits plissés comme la tête du nuage</ref>. On y sent la puissance et la grâce. Un ancien commente : « Les nuages d'été ont beaucoup de formes pareilles à des pics bizarres : c'est le ciel qui compose des peintures »<ref group="n">C'est-à-dire que les nuages se composent de manière à évoquer des accumulations de montagnes et de formes singulières dans lesquelles la rêverie fait apparaître des paysages. [[Léonard de Vinci|Léonard]] signale aussi ce phénomène. Un ancien chinois dit que : « c'est le ciel qui s'amuse alors à composer des peintures ». Cet ancien chinois n'est autre que le grand peintre [[Gu Kaizhi]]</ref>, alors, Guo Xi imite véritablement la nature. Les peintres des [[Dynastie Yuan|Yuan]], en général, imitent [[Dong Yuan]] et [[Juran]]. Mais Ts'ao Yun-si, T'ang Tseu-houa, Yao Yen-k'ing, Tchou Tsaö-min, tous imitent Guo Xi<ref>{{harvsp|Kiai-Tseu-Yuan Houa Tchouan|2004|p=149}}</ref>.

== L’écho de  Guo Xi dans la pensée de Shitao ==
===Le maniement du pinceau ===
*Selon [[Shitao]] (1641-1720), le peintre doit être capable de manier le pinceau de toutes les manières, aussi bien avec la pointe droite, qu'avec la pointe en biais, pour que le registre de ses métamorphoses soit le plus large possible. Très impliqué sur l'importance des mouvements du poignet et cette souple gymnastique dont le peintre doit être capable, Guo Xi rapporte déjà que [[Wang Xizhi]] (321-379<ref>{{Harvsp|Dictionnaire Bénézit|1999|p= 439}}</ref>) aime à contempler les oies, car les mouvements de leur cou lui rappellent le souple mouvement du poignet maniant le pinceau<ref>{{harvsp|Pierre Ryckmans|2007|p=68}}</ref>.
*Sur le maniement du pinceau, Guo Xi ajoute : « Quand on manœuvre le pinceau, il ne faut pas se laisser manœuvrer par lui ; quand on emploie l'encre, il ne faut pas se laisser employer par elle ». Ce propos devient pas la suite un axiome classique, cité nombre de fois<ref>{{harvsp|Pierre Ryckmans|2007|p=73}}</ref>.
*Pour partir d'une définition classique: Les « rides » (''Cun''), méthode de maniement du pinceau utilisée par Guo Xi, s'obtient en frottant au moyen d'un pinceau pointu manœuvré de biais. Après que les grandes lignes ont situé les contours d'un objet donné (pierre, montagne, tronc d'arbre, etc.), les « rides » s'inscrivent à l'intérieur des grandes lignes, ou s'appuient sur elles, pour décrire le relief, la texture, le grain, la luminosité, les accidents de la surface et le volume de cet objet, elles cumulent dans la peinture chinoise les fonctions variées qui, en Occident, relèvent tour à tour de la ligne, de la couleur, des ombres et de la perspective, puisqu'elles décrivent tout à la fois la forme, la matière, l'éclairage et la masse des choses<ref>{{harvsp|Pierre Ryckmans|2007|p=85}}</ref>.
*Concernant l'une des  divers types de rides, « ''nuages enroulés'' », qui s'enroulent en une superposition de volutes circulaires qui font penser à certaines formations de nuages. Traitées à longs coups de pinceau, d'une manière arrondie et balayante, employées pour suggérer certains effets fantastiques que présente l'érosion des schistes. Guo Xi en fait un usage particulièrement important. Elles sont aussi appelées ''yuntoucun'' et font partie de la série des seize types fondamentaux de rides<ref>{{harvsp|Pierre Ryckmans|2007|p=87}}</ref>.

===L’expérience directe de la nature ===
*Lui-même grand amateur de Cimes extraordinaires, [[Shitao]] visite la plupart des montagnes célèbres de Chine : les [[quatre monts bouddhistes]] et [[les cinq montagnes sacrées]], fidèle en ceci à une tradition établie chez les peintres. C'est un précepte constamment répété dès l'époque Song, ainsi dans son traité, Guo Xi signale les principaux sites de montagnes avec les caractères propres à chaque région que le peintre se doit de connaître. La formation normale du peintre ne doit pas seulement comporter une culture littéraire approfondie et la connaissance des œuvres d'art de l'Antiquité, « il faut encore que l'artiste, en voiture ou à cheval, sillonne de ses voyages une bonne moitié de l'univers, et alors seulement il peut prendre le pinceau »<ref>{{harvsp|Pierre Ryckmans|2007|p=80}}</ref>.
*L'attention toute spéciale portée par les peintres chinois aux métamorphoses des quatre saisons et aux variations climatiques est aussi ancienne que l'art du paysage lui-même. C'est surtout à l'époque Song que le souci de fidélité dans le rendu des saisons et l'analyse des phénomènes climatiques et atmosphériques deviennent importants : dans son traité, Guo Xi signale les changements que présentent respectivement les nuages et les montagnes au long des saisons, et les diverses résonances spirituelles qui se trouvent éveillées en écho dans le cœur de l'homme. Ces phénomènes sont ensuite analysés avec un luxe extrême de nuances, combinant à la fois l'heure du jour et le moment de la saison. Toutes les hypothèses sont envisagées, par exemple :
*Paysage nuageux au début du printemps – Passage de pluie sur les dernières neiges, au début du printemps – Éclaircie après la neige, au début du printemps – (…) montagnes claires en été – Montagnes après la pluie en été – Vent et pluie dans les montagnes en été – Nuages épais avant l'averse – Vent violent et pluie abondante – Pluie abondante avec vent faible – Après la pluie, nuages qui se reforment sur les montagnes en été – Brume du matin sur les montagnes en été – Brume du soir les montagnes en été –… l'énumération se poursuit avec la même gamme de nuances pour l'automne et l'hiver, puis aborde toutes les variétés possibles d'aubes et de crépuscules<ref>{{harvsp|Pierre Ryckmans|2007|p=107}}</ref>.
* [[Shitao]] a fait de nombreuses peintures à partir de poèmes, ce qui est une pratique traditionnelle. Sur cette question, on se réfèrera surtout au chapitre « Idées de peintures » du traité de Guo Xi : après avoir rappelé l'adage classique « le poème est une peinture invisible, la peinture est un poème visible » l'auteur explique comment il a l'habitude, pour stimuler son inspiration, de relire les plus beaux vers classiques. À la suite de ce passage, son fils Guo Si reproduit en complément les plus beaux poèmes classiques qu'il entend son père réciter d'ordinaire et qui sont propres à stimuler les hautes pensées et à fournir des sujets de peinture<ref>{{harvsp|Pierre Ryckmans|2007|p=109}}</ref>.
*Shitao indique à propos de l’état d’esprit de l’ « homme parfait » lorsqu’il peint : il doit avoir « le cœur détaché et comme dans le néant » . Guo Xi traite longuement de ces dispositions intérieures de pureté et de détachement recueilli <ref>{{harvsp|Pierre Ryckmans|2007|p=127}}</ref>.

==Musées et collections conservant des peintures attribuées à Guo Xi==
[[Image:Automne dans la vallée du fleuve jaune par Guo Xi.jpg|thumb|350px|''Automne dans la vallée du [[Huang He|fleuve Jaune]]''. Attribué à Guo Xi, vers 1020-1090. Section d'un rouleau portatif, l'ensemble : 26 x {{unité|206|cm}}. Encre et couleurs légères sur soie. [[Freer Gallery of Art]]<ref>[http://www.asia.si.edu/SongYuan/F1916.538/F1916.538.asp Page du site correspondant à l'œuvre].</ref>, [[Washington (district de Columbia)|Washington]]]]

*[[Pékin]] ([[Cité interdite|Musée du palais, dans la Cité Interdite]]) :
**''Sentier de montagne au pays de Shu'', encre et couleurs, signé, [[Colophon (imprimerie)|colophons]] de Teng Wenyuan daté 1317, de [[Shen Zhou]], attribution.
**''Voyageurs dans la montagne à l'aube'', rouleau en longueur, colophons de [[Zhou Yuan|Chou Yuan]] ({{sp-|XVIII|e|-|XIV|e|s}}), Zhou Mi, [[Ni Zan]], [[Wu Kuan]] (1435-1504), attribution.
**''Lecture de la stèle d'après [[Li Cheng]]'', attribution.
**''Le Mont Zhongnan sous la neige'', inscrit avec le nom du peintre, attribution.
**''Les Sept Sages à la passe de [[Xian de Tongguan|Tongguan]]'', attribution.
**''Voyageurs dans les montagnes d'automne'', attribution.
*[[Shanghai]] :
**''Gumu yaoshan tu'', attribution.
*[[Taipei]] ([[Musée national du palais]] ):
**''Printemps précoce'' ou ''Début de printemps'' ou ''Naissance du printemps''<ref group="n">Attribué à Guo xi (vers 1020-1090) : ''La Naissance du printemps''. Le va-et-vient des brumes crée l'atmosphère du printemps naissant. Ce sont les brumes qui modèlent le visage tourmenté de la montagne. Le «mouvement de la vie» qui fait et défait les formes est ici transmis avec puissance tant par le travail vigoureux du pinceau que par l'incessante mutation des valeurs d'encre</ref>., daté 1072, encre et couleurs légères sur soie, rouleau en hauteur. (158,3X{{unité|108.1|cm}}).
**''Paysage'', attribution.
**''Ermite dans une retraite de montagne''.
**''Col de montagne sous la neige de printemps''.
*[[Tokyo]] (Musée Nezu, [http://fr.akihabaranews.com/33328/japan/lets-visit-tokyo-le-musee-et-jardin-de-nezu/site web]):
**''Matin de printemps''.
*[[Musée d'art de Toledo]] :
**''Paysage de rivière et de montagnes enneigées'', encre sur soie, rouleau en longueur, attribution.
*[[Washington (district de Columbia)|Washington]] ([[Freer Gallery of Art]]):
**''Automne dans la vallée du fleuve jaune''<ref group="n">Section d'un rouleau en longueur paraissant incomplet. Dans ce brumeux paysage de montagne et d'eau, l'influence de [[Li Cheng]] se retrouve dans le traitement des arbres et des masses montagneuses travaillées par l'érosion. Tel le réseau des veines dans le corps humain, le tracé des traits qui s'enroulent, s'enlacent et se tordent en spirale (ride dite : corde dé-toronnée) ouvre le corps du paysage au mouvement de la vie. Pour modeler les formes, Guo xi utilise aussi un type de trait dit ''yuntou cun'' (tête de nuage. Le regard du contemplateur est invité à suivre des promeneurs qui prennent leur repos sous les arbres au bord de l'eau. Un lettré s'approche d'une auberge. Sur l'autre rive se dessinent des formations montagneuses et le regard se trouve entraîné vers les lointains par les mutations des valeurs d'encre, les lavis allant s'éclairant avec la distance selon les principes de la perspective atmosphérique</ref>, encre et couleurs légères sur soie, section d'un rouleau en longueur, attribution. (Vers 1020-1090). (26X206cm).

==Notes et références==
=== Références ===
{{Références|colonnes=3}}
=== Notes ===
<references group="N" />
<references group="n"/>

== Voir aussi ==
{{Autres projets|commons=Category:Guo Xi}}
*[[Art chinois#Les Song (960 — 1279)|Art chinois sous les Song]]
*[[Culture sous la dynastie Song]]

===Bibliographie===
*{{Ouvrage|auteur=Dictionnaire [[Bénézit]]|titre=Dictionnaire des peintres,sculpteurs, dessinateurs et graveurs|éditeur=éditions Gründ|langue=français|mois=janvier|année=1999|pages=13440|isbn=2700030168|volume=6|passage=600-601}}
*{{Ouvrage|auteur=Dictionnaire [[Bénézit]]|titre=Dictionnaire des peintres,sculpteurs, dessinateurs et graveurs|éditeur=éditions Gründ|langue=français|mois=janvier|année=1999|pages=13440|isbn=2700030249|volume=14|passage=439}}

*{{Ouvrage|titre=La peinture chinoise - Les trésors de l'[[Asie]]|auteur=James Cahill|éditeur=éditions [[Albert Skira]]|trad=Yves Rivière|langue=français|année=1960|passage=212|passage=32, 35, 37/40, 70, 73, 76, 79, 82, 115, 127, 176, 182}}
*{{ouvrage|langue=fr |prénom1=Catherine |nom1=Delacour |titre= ''Rochers de lettrés. Itinéraires de l'art en Chine'' |éditeur=Réunion des musées nationaux |lieu=Paris |année=2012 |pages=161 |isbn=978-2-7118-5936-8}}. {{commentaire biblio |Exposition [[Musée national des arts asiatiques - Guimet]] 28 mars - 25 juin 2012. Paris.}}
* {{Ouvrage|auteur=Florence Hu-Sterk|titre=''La Beauté autrement. Introduction à l'esthétique chinoise''|éditeur=Editions You Feng|langue=français|lieu=Paris|année=2004|pages=406 (vol. 1)|isbn=2-07-070746-6|passage=36}}.
*{{Ouvrage|titre=Encyclopédie de la peinture chinoise-Les Enseignements de la Peinture du Jardin grand comme un Grain de Moutarde|auteur=Kiai-Tseu-Yuan Houa Tchouan|trad=Raphaël Petrucci|éditeur|Éditions You Feng|langue=français|mois=mars|année=2004|pages=519|isbn=2842791983|passage=90, 93, 97, 136, 149, 343}} voir ''Kouo Hi'' : Guo Xi
* {{Ouvrage|prénom1=Emmanuelle |nom1=Lesbre|prénom2=Liu|nom2=Jianlong|titre=''La Peinture chinoise''|éditeur=Hazan|langue=français|lieu=Paris|année=2004|pages=480|isbn=2-85025-922-5}}.
*{{Ouvrage|titre=Les propos sur la peinture du Moine Citrouille-Amère|auteur=[[Simon Leys|Pierre Ryckmans]]|sous-titre= Traduction et commentaire de Shitao|éditeur=[[Plon]]|langue=français|mois=janvier|année=2007|pages=249|isbn=9782259205238|passage=22, 32, 34, 44, 46, 68, 73, 80, 85, 87, 107, 109, 127, 131, 217}}
*{{Ouvrage|titre=Peinture chinoise et tradition lettrée|auteur=Nicole Vandier-Nicolas|éditeur= [[Éditions du Seuil]]|langue=français|année=1983|pages=259|isbn=2020064405|passage=103, 105, 106, 107, 108, 109, 112, 114, 138, 168, 172, 192, 218, 239, reproductions : 60-62, 78-80}}
*{{Ouvrage|id=Yang Xin et al.2003|titre=Trois mille ans de peinture chinoise|auteur= Yang Xin, Richard M. Barnhart, Nie Chongzheng, James Cahill, Lang Shaojun, Wu Hung|éditeur=[[Éditions Philippe Picquier]]|trad=Nadine Perront|langue=français|année=1997|pages=4 02|Isbn=2877303411|passage=100, 109, 114, 116, 117, 118, 119, 121, 124, 149, 175, 203, 222, 257}}

=== Liens externes ===
* {{zh}} [http://www.heyang.gov.cn/ Site gouvernemental]

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