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{{POV fork|date=avril 2018|Ayant pour objet d’étude le langage corporel, la synergologie dont traite cet article semble doublonner le sujet déjà développpé par l'article déjà existant, '''[[Communication non verbale]]''', sans pour autant que des sources secondaires indépendantes et de qualité <u>spécifiquement consacrées à la synergologie</u> justifient le bien-fondé d'un article indépendant. <br>De fait, avant la création du présent article, la synergologie était déjà spécifiquement traitée '''dans la section [[Communication non verbale#Pseudo-sciences du non-verbal|« Pseudo-sciences du non-verbal »]]'''<br>Dès lors, ce long article consacrée à la « [[Droit des marques#Marque déposée|marque déposée]] » qu'est la « Synergologie® » semble constituer}}

''''La synergologie''' (''Etym Grec ancien'' συν- sýn, « ensemble avec », érgon « travail » et λόγος, lógos « parole, raison ») soit « être ensemble actifs en situation de communication », est la discipline qui permet d’appréhender l’être humain à partir de la structure de son langage corporel. 

L’introduction de la notion de langage corporel plutôt que celle de « communication non verbale » permet de définir la corporéité humaine en interaction sur des bases positives, plutôt que d'utiliser de manière [[apophatique]] la notion de « non-verbal » qui signifie globalement "tout ce qui n’est pas la parole" <ref>Hennel-Brzozowska, A. (2008). La communication non-verbale et paraverbale perspective d’un psychologue. Synergies. Pologne. Traduire le paraverbal, 21-30. p.21 </ref>. 

La notion de langage corporel désigne la corporéité <ref>corporéité définie comme : « Ce qui constitue un corps tel qu’il est » (Littré, 1956, t. 3 : 840</ref>, s'exprimant consciemment ou non consciemment à travers les gestes et les mouvements de parties déterminées du corps<ref>Hennel-Brzozowska, op-cit : p.22</ref>.

Un modèle conceptuel et théorique, lié à des outils, méthodes, techniques de recherche spécifiques est relié à ce champ d’étude.


== Définition ==
{{CdV|date=avril 2018}}
La synergologie ayant comme objet d’étude le langage corporel est fondée autour du postulat qu’une meilleure compréhension entre êtres humains permet une communication plus adaptée. Elle a été créée par [[Philippe Turchet]], Dr en Sciences du langage (Ph-D), dans le champ des sciences du langage au carrefour des neurosciences, et des sciences de la communication.

La synergologie est née en 1995 en s'appuyant sur trois observations issues des neurosciences qui veulent que :  1) les pensées prennent forme d’abord dans le corps, avant de devenir conscientes. 2) les pensées ne se forment pas sur une base verbale. 3) les humains peuvent se comprendre sans se parler.  Ces trois observations sont à la base du programme théorique synergologique : 

1. La synergologie repose sur l'[[embodiment]]. Selon cette perspective théorique les décisions humaines sont "embodied" c'est-à-dire façonnées dans des zones infracérébales du cerveau liées au corps <ref> Haynes, J.-D. & Rees, G. (2006). Decoding mental states from brain activity in humans. Nature Reviews Neuroscience, 7(7), 523-534.</ref>{{,}}<ref>Soon, C. S., Brass, M., Heinze, H.-J. & Haynes, J. D. (2008). Unconscious determinants of free decision in the human brain. Nature neuroscience, 11(5), 543-555.</ref> avant d'émerger à la conscience. Ainsi l’activité du corps précédant la conscience de l’événement, <ref>Brandt, A.E., Sztykiel, H. & Pietras, C. J. (2013). Laboratory simulated gambling: Risk varies across participant-stake procedure. The Journal of General Psychology, 140(2), 130-143.</ref> les stimulii sont d’abord observables dans l’espace corporel, avant d’être verbalisés <ref>Gazzanigga, M.-S. (2011). Who's in Charge? : Free Will and the Science of the Brain (1ère éd.). New York : Ecco. </ref>. Cette observation permet de comprendre que des réactions corporelles pourraient être observables avant que la personne n’ait pleinement conscience  des pensées la traversant. Et de fait, si les pensées prennent naissance dans des zones infra-cérébrales liées au corps avant d'émerger à la conscience, <ref>Damasio,2010 L’autre moi-même. Les nouvelles cartes du cerveau, de la conscience et des émotions, Trad. par J.-L. Fidel. Paris : Odile Jacob.</ref> le langage corporel n’est pas un langage co-verbal, car par ordre de précession le langage verbal apparaissant à sa suite devient langage co-corporel<ref>Turchet, P (2017) Identification de ruptures de compréhension dialogique en contexte interculturel à partir d'indices corporels Université Paris X, Nanterre Université Nanterre-Paris X https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01757673/document</ref> 

2. Le langage corporel est dépendant de l'activité de la pensée plutôt que de celle des mots. Dans le champ médical l'aphasiologie montre que les contenus verbaux ne sont pas absolument nécessaires à l’expression de la pensée elle-même <ref>Laplane, D. (1997). La Pensée d’outre-mots. La pensée sans langage et la relation penséelangage. Le Plessis-Robinson : Institut Synthélabo pour le progrès de la connaissance</ref>{{,}}<ref>, Sabouraud, O. (1995). Le langage et ses maux. Paris : O. Jacob.</ref>{{,}}<ref> Alexander, E. (1990). Aphasia: The Worm’s View of Philosophic Patient and the Medical Establishment. Diogenes, 38 (150): 1-23.</ref>{{,}}<ref> Lordat, J. (1840). Fragments de philosophie, par M. William Hamilton. Journal de la Société de Médecine-pratique de Montpellier, 1, 391-421. </ref> l'être humain continuant à penser même si une part de ses structures et réseaux neuronaux du langage sont lésés <ref>Jacquet-Andrieu, A. (2001). Cas d’aphasie mixte. Diagnostic neuropsychologique et neurofonctionnel (IRMf), Remédiation cognitive, didactique et linguistique, sous la dir. de Jean-Marie Blard (Pr. de Neurologie) et Guy Denhiere (Psychologue, DR CNRS).Thèse de Neurosciences, mention neuropsychologie. Lyon : Univ. Lyon 1, 1 vol. + Ann. + Gloss., V-321-158 f.</ref>). Dans ce contexte, l'interprétation du langage corporel doit être reliée à des supports émotionnels et cognitifs plutôt qu'à l'activité verbale<ref>Birdwhistell, R. (1970). Kinesics and Context: Essays in Body Motion Communication. Philadelphia : University of Pennsylvania Press.</ref>. 

3. La synergologie s'appuie sur une perspective de cognition partagée entre les interlocuteurs, à travers les neurones miroirs <ref> Rizzolatti, G. & Sinigaglia, C. (2007). Les neurones miroirs/trad. de l'italien par M. Raiola. Paris : O. Jacob</ref> – une famille de cellules nerveuses qui joue un rôle important dans la compréhension des actions d'autrui. Ce mécanisme cérébral , permettant d'observer son interlocuteur silencieux afin de s'adapter à lui a d'abord été observé chez les primates non humains <ref>Rizzolatti, G., Fadiga, L., Gallese, V. & Fogassi, L. (1996). Premotor cortex and the recognition of motoractions. Cognitive Brain Research, 3(2), 131-141</ref>{{,}}<ref>, Fogassi, L., Ferrari, P.F., Gesierich, B., Rozzi, S., Chersi, F. & Rizzolatti, G. (2005). Parietal Lobe: From Action Organization to Intention Understanding. Science, 308(5722), 662-667. </ref>{{,}}<ref> Fadiga, L., Fogassi, L., Pavesi, G. & Rizzolatti, G. (1995). Motor facilitation during action observation: a magnetic stimulation study. Journal of neurophysiology, 73(6), 2608-2611.</ref>{{,}}<ref> Gallese, V. (2009). Motor abstraction: A neuroscientific account of how action goals and intentions are mapped and understood. Psychological Research, 73, 486-498. </ref>{{,}}<ref> Gallese, V. & Goldman, A. (1998). Mirror neurons and the simulation theory of mind-reading. Trends in cognitive sciences, 2(12), 493-501.</ref>,avant d'être repéré chez l'être humain. Certains auteurs établissent un lien entre l’état de la co-compréhension et une possible synchronisation cérébrale des locuteurs durant l’interaction <ref> Lachat, F., Conty, L., Hugueville, F. & George, N. (2012). Gaze Cueing Effect in a Face-to-Face Situation. Journal of Nonverbal Behavior, 36(177), 190. </ref>{{,}}<ref>Dumas, G., Nadel, J., Soussignan, R., Martinerie, J. & Garnero, L. (2010). Inter-brain synchronization during social interaction. PLoS ONE, 5(8), e12166. </ref>{{,}}<ref> Oullier, O., Guzman (de), G.C., Jantzen, K.J., Lagarde, J. & Kelso, J.A.S. (2008). Social coordination dynamics: Measuring human bonding. Social Neuroscience, 3, 178-192.</ref>. Une part de l’ontogenèse du langage s’y adosserait : la relation mère-enfant et le développement de l’enfant suggérant fortement une telle hypothèse <ref> Meltzoff, A.N. & Decety, J. (2003). What imitation tells us about social cognition: a rapprochement between developmental psychology and cognitive neuroscience. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 358(1431), 491-500.</ref>{{,}}<ref>Meltzoff, A.N. (2005). Imitation and other minds: The “like me” hypothesis. Perspectives on imitation: From neuroscience to social science, 2, 55-77.</ref>{{,}}<ref>Meltzoff, A.N. (1999). Origins of theory of mind, cognition and communication. Journal of communication disorders, 32(4), 251-269.</ref>.  

L'observation du langage corporel d'autrui serait assis à partir de ses observations sur une base universelle. Ce qui était impossible à envisager tant que le langage corporel était directement mis en lien avec le langage verbal, puisque les langues varient d'un peuple à un autre. La synergologie s'appuie sur cette double universalité  des mécanismes cérébraux permettant l'intercompréhension et l'universalité des percepts corporels envoyés et décodés par les cerveaux à leur insu. 

La démonstration synergologique liée à la mise en lien de mécanismes mentaux avec le langage corporel passe par des critères d'observation formels du langage corporel, des propositions conceptuelles nouvelles et des outils spécifiques d’observation de la [[corporéité]] humaine <ref>La kinésique première technique sérieuse d’observation du langage corporel, calquée sur la linguistique, envisageait le langage corporel à partir du découpage syllabique des mots. Ce qui explique en grande son échec à rendre compte de la corporéité en interaction, et pourquoi si le mot est resté la technique n’est pas appliquée. La première exploitation de la classification synergologique de Turchet, peut être retrouvée dans : Monnin, C. (2009) Impact de la communication voco-visuelle dans le management sur la motivation des collaborateurs (Thèse de doctorat). École Polytechnique Fédérale de Lausanne. Elle écrit :"Le choix de cette méthode de lecture du langage non verbal (La synergologie) s’explique ainsi par la présentation d’une règle formelle d’observation des mouvements du visage et du corps en ayant sa propre grille d’observation et se rapproche certaines fois ou se distingue comme nous allons le voir des études scientifiques classiques. Elle peut être un outil précieux au service d’autres disciplines comme l’éthologie, l’anthropologie, la psychologie ou encore la sociologie par exemple » (p.34) </ref>.  

=== Cinq dimensions identifiées du langage corporel ===
 
Le langage corporel n'est pas lié automatiquement et directement au langage verbal. Il est défini soit comme a-verbal, soit pré-verbal, soit co-verbal soit quasi-verbal soit post-verbal <ref>Turchet, P. (2017) Identification de rputures de compréhension à partir d'indices corporels" Thèse de Doctorat en Sciences du Langage (Ph-D) Université Paris Nanterre sosu la Dir de Ch Parisse t A. Jacquet-Andrieu </ref>. Il varie ainsi dans le temps, avec un rythme, un tempo, des marqueurs différents à observer selon l'objet d'intérêt de la recherche. 

- Dimension a-verbale du langage corporel. 
Une réaction corporelle a-verbale est la forme prise par le langage avant de devenir langage verbal chez l’enfant (<ref>Vygotski, L.S., Sève, F. et Clot, Y. (1985/1934). Pensée et langage. Paris : Éditions sociales.</ref>. Le langage intérieur est aussi la voie parallèle que prennent des pensées non exprimées. Cette rupture est a-verbale lorsque le sujet écoutant, pense à autre chose. 
Si l’attention a été définie sur une base qualitative, distinguée entre attention sélective, attention divisée et attention soutenue <ref>Posner, M.I. & Rafal, R.D. (1987). Cognitive theories of attention and the rehabilitation of attentional deficits, in Neuropsychological Rehabilitation. Edinburgh: Churchill Livingstone, p. 182-201.</ref>, c’est précisément parce que l’attention n’est pas toujours soutenue et le langage corporel, de fait est très souvent averbal. 
Les signes cognitifs précurseurs de l'endormissement du conducteur présents sur certaines voitures sont repérés sur les bases du langage corporel <ref>Lemercier, C. et Cellier, J. M. (2008). Les défauts de l'attention en conduite automobile: inattention, distraction et interférence. Le travail humain, 71(3), 271-296.</ref> Ces situations sans lien avec le langage verbal, sont en revanche directement repérables sur des critères de langage corporel. 

- Dimension pré-verbale du langage corporel.
La dimension préverbale du langage corporel correspond à toutes ces situations dans lesquelles le récepteur est silencieux écoute et  anticipe sa réponse  dans le silence <ref>Jacquet-Andrieu, A. & Colloc, J. (2014b). On how to define anticipation in the verbal flow /Pour une définition de l’anticipation dans le flux verbal/ Quelle definition de l’anticipation dans le flux verbal, in D.M. Dubois & CHAOS, ED, International Journal of Computing Anticipatory Systems, 28, 202-217</ref>. Elle se déclenche donc en amont de la prise de parole de manière préverbale. 
Les ruptures de compréhension de type phonologique, lexical, morphosyntaxique <ref> Varonis, E.M. & Gass, S. (1985). Native/non-native conversations: A model for negotiation of meaning. Applied linguistics, 6(1), 71-90</ref>, ressenties par le récepteur sont également de type préverbales. Le récepteur devient dans ces moments un émetteur silencieux pour le locuteur capable de comprendre que son interlocuteur ne comprend pas alors même qu’il ne le dit pas. 

- Dimension co-verbale du langage corporel.
Toute la gestuelle (les gestes dans l'espace) émis au moment où le locuteur parle sont considérés comme co-verbaux, parce qu'ils ont pour fonction d'appuyer le discours <ref>Kida, T. (2011). Nouvelle méthode de constitution d’un corpus pour transcrire gestes et intonations. Corpus, (10), 41-6</ref>. L'aspect de l'association du geste et de la parole les incite à être considérés comme tels même si dans la réalité des faits le geste qui a un rôle idéomoteur <ref>McNeill, D. (2008). Gesture and thought. Chicago: University of Chicago Press.</ref> est souvent en interaction émis un peu avant la parole qu'il aide à advenir. 

- Dimension post-verbale du langage corporel.
Durant une interaction, les énoncés prennent tout leur sens à leur conclusion. [[Brassac ]] (1987) écrit : « ''La conversation est modélisée comme une dynamique cognitive conjointe où les énoncés successivement proférés acquièrent une signification rétroactivement'' » <ref>Brassac, C. (2007). Co-responsabilité cognitive et dissolution des frontières, in P. Hert et M. Paul-Cavallier (dir.) Sciences et frontières : Délimitations du savoir, objets et passages (p. 159-176). Fernelmont (Belgique) : Éditions modulaires européennes et intercommunications.p.161 </ref> le récepteur écoute ce que dit le locuteur jusqu'au bout pour conclure à son incompréhension ou son désaccord. Les ruptures dites discursives <ref> Varonis et Gass (1985). op.cit</ref>  sont ainsi très souvent post-verbales. Et là encore l’observation du langage corporel est la seule façon de comprendre et remédier aux non-dits. Là encore pour le locuteur, le récepteur comme dans les quatre autres situations se comporte en émetteur silencieux non conscient de cet état de fait.


- Dimension quasi-verbale du langage corporel.
La langue des signes utilisée par les sourds donne au langage corporel un autre statut. Les signes corporels ont vocation chez eux à remplacer le langage parlé et de fait apparaissent comme quasi-verbaux. Ils ne seront pas analysés dans les même termes que le langage corporel traditionnel car les gestes sont effectués de manière consciente alors qu'ils sont mi-conscients dans les situations de communication traditionnelle entre entendants. <ref>Cuxac, C. (2007). Une manière de reformuler en langue des signes française. La linguistique, 43 (2007-1), 117-127.</ref> 
=== Des outils d'observation  fondés sur une classification du langage corporel ===
  
Le langage corporel est un [[objet]] d’observation qui demande des outils spécifiques. Une grille taxinomique de [[classification]] de l’information corporelle numérique est créée. Détaillant les mouvements quotidiens, elle permet de stocker l’information visuelle afin d’établir des comparaisons entre personnes et cultures différentes. <ref> Trois grilles de classification dans le champ de la connaissance prennent en compte à la fois le visage, le corps et leurs divers mouvements. Birdwhistell, (1950), La grille BAPCS (Body Action ans Posture Coding System (Dael et al, 2012), et le Corpus synergologique de Turchet (2009). Ces trois grilles traitent des gestes dans l’espace mais la classification de Turchet (2009) est la seule à prendre en compte à la fois la main utilisée, la configuration, son déplacement en lien avec la valence émotionnelle des mots utilisés (288 codes). La synergologie est également la seule à établir une topographie des gestes d’auto-contact (120 codes), mais également dissocier la nature du mouvement : microcaresse, microdémangeaison ou microfixation. La codification du retour des mains l’une dans l’autre, via 18 positions possibles, est absente des corpus BAPCS et Birdwhistell. La main dans les cheveux quasi absente chez Birdwhistell, absente du BAPCS comporte 80 positions dans la taxinomie synergologique. Le mouvement des yeux comporte 4 codes BAPCS, Birdwhistell, 30 codes. La classification synergologique est la seule à prendre en compte à la fois, le déplacement des traits, les clignements des paupières et la direction précise du mouvement des yeux (82 codes). </ref> En l’occurrence la synergologie prend en compte non pas seulement la nature du geste, mais la dynamique du mouvement. Sa classification est fondée sur une base numérique vidéo afin de pouvoir comparer des mouvements entre eux. Elle est née de l’établissement d’une distinction entre:
* 1. Microréactions : Mouvements ne faisant intervenir qu’un groupe de muscles et ne mettant pas en œuvre d’autres parties du corps. Expressions faciales, mouvements d’épaules, axes de tête, etc… sont de ce type. 
* 2. Autocontacts : Mouvements effectués par une main sur une partie du visage ou du corps. C’est une microfixation si la main est immobile, une microcaresse si une partie du visage ou du corps est caressée subrepticement, et enfin une microdémangeaison lorsque les ongles touchent subrepticement l‘épiderme. 
* 3. Boucles de rétroaction  primaires et secondaires : Croisements de bras et de jambes (boucles principales) et croisements de doigts (boucles secondaires) : mains en prise, mains jointes, mains lavées, mains doigts croisés, mains en berceau, mains en V. 
* 4. Gestes : Observation de la(les) main(s) s’agitant dans l’espace en quatre niveaux. Choix de la ou des mains. Configuration de la main (fermée, ouverte, mi ouverte, pince, bourse, doigts tendus, éventail). Destination de la main. Valence des mots employés au moment de l’effectuation du  geste 
* 5. Préhension : Gestes effectués avec un objet touché par la main, branche de lunettes, verre, paire de clefs, stylo…
* 6. Des positions générales assises et debout marquant l'occupation générale de l'espace.

Chaque mouvement (1225 marqueurs corporels), est identifié et peut être croisé avec d’autres, si bien qu’il est possible d’établir un lien entre déplacements corporels et données verbales. En outre des codes spécifiques  permettent de décrire les mouvements en trois dimensions et de marquer les déplacements dans l'espace pour chacun de ces marqueurs. La taxinomie synergologique par la diversité des dimensions posturo-mimo-gestuelles observées et croisées entre elles, ne possède pas d’équivalent aujourd’hui dans le champ scientifique.  

=== La question d’une grammaire universelle du langage corporel ===

La synergologie propose de mesurer les mêmes mouvements corporels effectués par des sujets différents pour voir s’ils sont accompagnés des mêmes arrière-plans mentaux. Si c’est le cas, le principe d’une grammaire universelle du langage du corps, pourrait être énoncé. 

Le programme épistémologique de la synergologie ne remet pas pour autant en question l’existence de différences culturelles, mais observe qu’il ne faut pas confondre les [[rites]] fondamentalement culturels des réactions corporelles, qui pourraient être elles, universelles. Elle ne remet pas non plus en question la réalité de gestes symboliques propres à chaque culture, mais observe plutôt la rareté de ses gestes dits culturels. La taxinomie posturo-mimo-gestuelle synergologique devrait permettre de faire grâce à la numérisation et donc la comparaison immédiate des images observées, la démonstration de l’universalité du langage corporel lié à notre héritage [[ontogénétique]] et [[phylogénétique]].

En synergologie, tous les états corporels observables sont répartis entre trois instances : 
* 1. Des attitudes conscientes indispensables à la compréhension de l'action (Ex : héler un taxi d’un geste de la main), 
* 2. Des attitudes mi-conscientes, non contrôlées, mais susceptibles de l’être une fois suscitée une prise de conscience (la quasi totalité des attitudes corporelles), 
* 3. Des attitudes non conscientes, impossibles à faire émerger à la conscience (Ex : la dilatation des pupilles). 
En cela la comparaison inscrit la synergologie comme démarche sémio-corporelle, dans la droite ligne de [[Saussure]]  (1916) et de sa définition de la sémiologie comme : « science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale » <ref> Arrivé (2012), spécialiste de Saussure, définit ainsi l’inconscient chez Saussure : « L’inconscient saussurien, si l’on peut se hasarder à formuler cette expression, est un inconscient sans refoulement. L’inconscient saussurien est un inconscient strictement et exclusivement langagier. Il n’est constitué que d’éléments langagiers, de toute nature et de toute dimension ». Arrivé, M. (2012). " Conscience de la langue" et inconscient chez Ferdinand de Saussure. La célibataire, (24), 107-124.</ref> La référence à ce linguiste est d’autant moins paradoxale, qu’il a évoqué trois niveaux de conscience, en langage : inconscient, semi-conscient et conscient.  <ref>Saussure, F. de (1916). Cours de linguistique générale, ed. de C. Bally and A. Sechehaye, with the collaboration of A. Riedlinger, Lausanne & Paris : Payot.</ref> La synergologie se situe dans cette veine théorique sémio-corporelle. 

=== La validité scientifique ===

La question centrale de la [[validité]] des connaissances, si délicate à établir en [[sciences humaines]] , est un enjeu fondamental. Par comparaison l’[[ontologie]] dans le champ médical centrée sur les signes corporels est organisée autour d’une  [[sémiologie]] de [[symptômes]] cliniques <ref> Shen, Y., Colloc, J. & Jacquet-Andrieu, A. (2014). Elaboration d’ontologies médicales à partir de textes ou corpus via un méta-modèle. Proceedings AMINA, 111-116. Shen, Y. (2015). Élaboration d’ontologies médicales pour une approche multi-agents d’aide à la décision clinique, sous la dir. d’Armelle Jacquet-Andrieu et J. Colloc. Paris : Université Paris Nanterre.</ref> collectés et regroupés, produisant des catégories qui ne sont pas forcément spécifiques à un contexte. Il n’y a pas d’argument théorique à opposer au fait que des signes fondamentaux de type posturo-mimo-gestuel traducteurs de postures mentales ne soient observés, classifiés depuis le champ des sciences du langage, là aussi sur une base classificatoire ontologique. 
 
[[Karl Popper]] et l’école de Vienne ont établi des critères de [[scientificité]] que reprend à son compte la synergologie dans son protocole de validation des observations. Selon l’école de Vienne, c’est la manière dont est formulée une proposition qui fait d’elle une proposition scientifique ou non. Une proposition est dite scientifique, non pas parce qu’elle est vraie, mais parce que sa formulation est suffisamment claire pour permettre sa réfutation, c'est-à-dire permettre à d'autres de prouver qu'elle pourrait être fausse. Popper (1959) écrit : « Cent mille cygnes blancs sur un lac ne permettront pas de dire que la proposition tous les cygnes sont blancs est une proposition vraie, en revanche un seul cygne noir sur un lac permettra de dire que la proposition tous les cygnes sont blancs est une proposition fausse »<ref>Popper, K. (2005/1959). The logic of scientific discovery. Routledge.</ref>.  

Les propositions synergologiques sont conçues pour être réfutables. Pour prendre un exemple, Turchet (2009), <ref> Turchet, P (2009) "Le langage universel du corps", Ed de l'homme repris in  Turchet, P (2017), thèse , op, cit.</ref> démontre qu’un être humain, lorsqu’il se détend et parle chaleureusement à un autre être humain le regarde avec son hémi-visage gauche, et ce, même s'il est amblyope, c’est-à-dire aveugle de cet œil précisément. Cette proposition est suffisamment clairement définie pour pouvoir être réfutée.  

La synergologie bâtit le mode de réfutation de ses propositions autour de la duplicabilité <ref>Turchet, P (2015) « "De l’identification du mouvement corporel dupliqué à sa codification" Centre de Recherche sur les Médiations, EA 3476, Communication, Langue, Art, Culture, Université Nancy Lorraine, CNRS, Formes de duplication et conditions de l’engagement en milieu numérique, 2e Journée d’études du réseau Duplication, Implication, Réplication 9 juin 2015 https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01758926/document</ref> Comme il est impossible de forcer lors d’expériences les êtres humains, à avoir les mêmes réactions corporelles, les 100 milliards de neurones de chacun offrant des possibilités réactives très diversifiées face au même événement provoqué, il est possible en revanche de retrouver dans des banques de données vidéos, des attitudes corporelles semblables produites par des individus différents, pour voir si derrière les isomorphies corporelles (les mêmes attitudes), il n’y aurait pas également une isomorphie mentale. 

=== Applications pratiques de la synergologie ===
 
Le décodage du langage corporel dans nos sociétés où l’image et les représentations visuelles sont omniprésentes, implique des garde-fous. Et face aux préjugés qui courent sur le langage corporel (« ''Les croisements de bras traduisent la fermeture'' », « ''un menteur ne regarde pas dans les yeux'' », « ''une personne qui bouge sur sa chaise a tendance à cacher la vérité''». "''un menteur se gratte le nez''"), la synergologie permet de pointer l’incongruité de ces discours, et entrer en force de proposition, pour proposer des clés de réflexion autour d’une compréhension du langage corporel,[[éthique]] et respectueuse. 

Les applications de la synergologie intéressent tous les secteurs de l’économie et du social dans lesquels la communication est utile à faire progresser l’échange et particulièrement : l’éducation, le management, la sécurité, les ressources humaines, les champs médicaux et para-médicaux, le coaching…  

Sur le plan des stratégies  pratiques, en lien avec son éthique, le  synergologue en interaction se refuse à mettre en œuvre des techniques de changement comportementalistes, c’est-à dire changer ouvertement et intentionnellement son comportement corporel. Au contraire, il propose d'oublier les trucs et les recettes de communication et de se concentrer sur son interlocuteur,  plutôt que sur soi-même pour mieux comprendre, se comprendre, et donc mieux communiquer. Et c’est l’outil du questionnement à partir de l’observation des incohérences du langage corporel qui est au cœur de la démarche synergologique. 

=== Controverses et critiques faites à la synergologie ===

La naissance de la synergologie, ouvre un débat épistémologique, celui de la reconnaissance d’une discipline née à l’extérieur du champ institutionnel et consacré de l’université. Les champs d’application concrète ouverts par ses observations théoriques sont multiples. D’autant que les mouvements gestuels sont repérables parce qu’ils sont codifiés, informatisés et directement transférables dans des applications de divers types. En même temps, le fait que ces observations aient été permises dans des champs qui sont extérieurs à ceux traditionnels de l’université, pose la question de la reconnaissance institutionnelle de cette discipline. 
La synergologie fait aujourd’hui l’objet d’un dépôt de marque à l’Institut National de la Propriété Industrielle en France [[I.N.P.I]], ainsi que l’objet de dépôts de marque divers afin d’empêcher la diffusion des méthodes synergologiques sans certification. 

Les critiques qui sont faites à la discipline sont centrées sur le fait que n’étant pas suffisamment significativement présente dans les recherches scientifiques <ref> Lardellier, P. (2008). Arrêtez de décoder!» Une généalogie critique des pseudosciences du «décodage non-verbal. Communication & langages, 155(1), 115-131 </ref>{{,}}<ref> Denault, V., Larivée, S., Plouffe, D., & Plusquellec, P. (2015). La synergologie, une lecture pseudoscientifique du langage corporel. Revue de psychoéducation, 44(2), 425-455.</ref> , c’est là la preuve qu’elle est une pseudo science. Mais l’explicitation de la discipline dans des travaux de recherche, thèses et articles scientifiques à comités de recherche, éloigne peu à peu ces critiques, liées au statut de discipline émergente.

== Notes et références ==
{{Références}}

== Liens externes ==
* V. Denault, S. Larivée, D. Plouffe, et P. Plusquellec, [https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/handle/1866/13832  ''La synergologie, une lecture pseudoscientifique du langage corporel''], 2015, Revue de psychoéducation, 44(2), 425-455, sur ''papyrus.bib.umontreal.ca'' (consulté le 17 avril 2018). 
* Vincent Denault, Louise Marie Jupe, [https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/14789949.2017.1358758   ''Justice at risk! An evaluation of a pseudoscientific analysis of a witness’ nonverbal behavior in the courtroom''], sur ''tandfonline.com'' (consulté le 17 avril 2018). 

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