Difference between revisions 3497296 and 3497741 on frwikisource<!--{{Titre|Maximes et Réflexions morales|[[Auteur :François de La Rochefoucauld|François de La Rochefoucauld]]|CLX64}}--> {{clr}} <div class="text"> <pages index="La Rochefoucauld - Maximes et Réflexions morales, Ménard, 1817.djvu" from=37 to=813 fromsection= tosection= header=1 /> {{t2|CCIX.}} Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit. {{t2|CCX.}} En vieillissant on devient plus fou, et plus sage. {{t2|CCXI.}} Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles, qu’on ne chante qu’un certain temps. {{t2|CCXII.}} La plupart des gens ne jugent des hommes que par la vogue qu’ils ont, ou par leur fortune. {{t2|CCXIII.}} L’amour de la gloire, la crainte de la honte, le dessein de faire fortune, le désir de rendre notre vie commode et agréable, et l’envie d’abaisser les autres, sont souvent les causes de cette valeur si célèbre parmi les hommes. {{t2|CCXIV.}} La valeur est dans les simples soldats un métier périlleux qu’ils ont pris pour gagner leur vie. {{t2|CCXV.}} La parfaite valeur et la poltronnerie complète sont deux extrémités où l’on arrive rarement. L’espace qui est entre-deux est vaste, et contient toutes les autres espèces de courage : il n’y a pas moins de différence entre elles qu’entre les visages et les humeurs. Il y a des homme qui s’exposent volontiers au commencement d’une action, et qui se relâchent et se rebutent aisément par sa durée. Il y en a qui sont contents quand ils ont satisfait à l’honneur du monde, et qui font fort peu de chose au-delà. On en voit qui ne sont pas toujours également maîtres de leur peur. D’autres se laissent quelquefois entraîner à des terreurs générales. D’autres vont à la charge parce qu’ils n’osent demeurer dans leurs postes. Il s’en trouve à qui l’habitude des moindres périls affermit le courage et les prépare à s’exposer à de plus grands. Il y en a qui sont braves à coups d’épée, et qui craignent les coups de mousquet ; d’autres sont assurés aux coups de mousquet, et appréhendent de se battre à coups d’épée. Tous ces courages de différentes espèces conviennent en ce que la nuit augmentant la crainte et cachant les bonnes et les mauvaises actions, elle donne la liberté de se ménager. Il y a encore un autre ménagement plus général ; car on ne voit point d’homme qui fasse tout ce qu’il serait capable de faire dans une occasion s’il était assuré d’en revenir. De sorte qu’il est visible que la crainte de la mort ôte quelque chose de la valeur. {{t2|CCXVI.}} La parfaite valeur est de faire sans témoins ce qu’on serait capable de faire devant tout le monde. {{t2|CCXVII.}} L’intrépidité est une force extraordinaire de l’âme qui l’élève au-dessus des troubles, des désordres et des émotions que la vue des grands périls pourrait exciter en elle ; et c’est par cette force que les héros se maintiennent en un état paisible, et conservent l’usage libre de leur raison dans les accidents les plus surprenants et les plus terribles. {{t2|CCXVIII.}} L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu. {{t2|CCXIX.}} La plupart des hommes s’exposent assez dans la guerre pour sauver leur honneur. Mais peu se veulent toujours exposer autant qu’il est nécessaire pour faire réussir le dessein pour lequel il s’exposent. {{t23|CCXX.}} La vanité, la honte, et surtout le tempérament, font souvent la valeur des hommes, et la vertu des femmes. {{t23|CCXXI.}} On ne veut point perdre la vie, et on veut acquérir de la gloire ; ce qui fait que les braves ont plus d’adresse et d’esprit pour éviter la mort que les gens de chicane n’en ont pour conserver leur bien. {{t23|CCXXII.}} Il n’y a guère de personnes qui dans le premier penchant de l’âge ne fassent connaître par où leur corps et leur esprit doivent défaillir. {{t23|CCXXIII.}} Il est de la reconnaissance comme de la bonne foi des marchands : elle entretient le commerce ; et nous ne payons pas parce qu’il est juste de nous acquitter, mais pour trouver plus facilement des gens qui nous prêtent. {{t23|CCXXIV.}} Tous ceux qui s’acquittent des devoirs de la reconnaissance ne peuvent pas pour cela se flatter d’être reconnaissants. {{t23|CCXXV.}} Ce qui fait le mécompte dans la reconnaissance qu’on attend des grâces que l’on a faites, c’est que l’orgueil de celui qui donne, et l’orgueil de celui qui reçoit, ne peuvent convenir du prix du bienfait. {{t23|CCXXVI.}} Le trop grand empressement qu’on a de s’acquitter d’une obligation est une espèce d’ingratitude. {{t23|CCXXVII.}} Les gens heureux ne se corrigent guère ; ils croient toujours avoir raison quand la fortune soutient leur mauvaise conduite. {{t23|CCXXVIII.}} L’orgueil ne veut pas devoir, et l’amour-propre ne veut pas payer. {{t23|CCXXIX.}} Le bien que nous avons reçu de quelqu’un veut que nous respections le mal qu’il nous fait. {{t23|CCXXX.}} Rien n’est si contagieux que l’exemple, et nous ne faisons jamais de grands biens ni de grands maux qui n’en produisent de semblables. Nous imitons les bonnes actions par émulation, et les mauvaises par la malignité de notre nature que la honte retenait prisonnière, et que l’exemple met en liberté. {{t23|CCXXXI.}} C’est une grande folie de vouloir être sage tout seul. {{t23|CCXXXII.}} Quelque prétexte que nous donnions à nos afflictions, ce n’est souvent que l’intérêt et la vanité qui les causent. {{t23|CCXXXIII.}} Il y a dans les afflictions diverses sortes d’hypocrisie. Dans l’une, sous prétexte de pleurer la perte d’une personne qui nous est chère, nous nous pleurons nous-mêmes ; nous regrettons la bonne opinion qu’il avait de nous ; nous pleurons la diminution de notre bien, de notre plaisir, de notre considération. Ainsi les morts ont l’honneur des larmes qui ne coulent que pour les vivants. Je dis que c’est une espèce d’hypocrisie, à cause que dans ces sortes d’afflictions on se trompe soi-même. Il y a une autre hypocrisie qui n’est pas si innocente, parce qu’elle impose à tout le monde : c’est l’affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d’une belle et immortelle douleur. Après que le temps qui consume tout a fait cesser celle qu’elles avaient en effet, elles ne laissent pas d’opiniâtrer leurs pleurs, leurs plaintes, et leurs soupirs ; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent à persuader par toutes leurs actions que leur déplaisir ne finira qu’avec leur vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve d’ordinaire dans les femmes ambitieuses. Comme leur sexe leur ferme tous les chemins qui mènent à la gloire, elles s’efforcent de se rendre célèbres par la montre d’une inconsolable affliction. Il y a encore une autre espèce de larmes qui n’ont que de petites sources qui coulent et se tarissent facilement : on pleure pour avoir la réputation d’être tendre, on pleure pour être plaint, on pleure pour être pleuré ; enfin on pleure pour éviter la honte de ne pleurer pas. {{t23|CCXXXIV.}} C’est plus souvent par orgueil que par défaut de lumières qu’on s’oppose avec tant d’opiniâtreté aux opinions les plus suivies : on trouve les premières places prises dans le bon parti, et on ne veut point des dernières. {{t23|CCXXXV.}} Nous nous consolons aisément des disgrâces de nos amis lorsqu’elles servent à signaler notre tendresse pour eux. {{t23|CCXXXVI.}} Il semble que l’amour-propre soit la dupe de la bonté, et qu’il s’oublie lui-même lorsque nous travaillons pour l’avantage des autres. Cependant c’est prendre le chemin le plus assuré pour arriver à ses fins ; c’est prêter à usure sous prétexte de donner ; c’est enfin s’acquérir tout le monde par un moyen subtil et délicat. {{t23|CCXXXVII.}} Nul ne mérite d’être loué de bonté, s’il n’a pas la force d’être méchant : toute autre bonté n’est le plus souvent qu’une paresse ou une impuissance de la volonté. {{t23|CCXXXVIII.}} Il n’est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes que de leur faire trop de bien. {{t23|CCXXXIX.}} Rien ne flatte plus notre orgueil que la confiance des grands, parce que nous la regardons comme un effet de notre mérite, sans considérer qu’elle ne vient le plus souvent que de vanité, ou d’impuissance de garder le secret. {{t2|240.}} On peut dire de l’agrément séparé de la beauté que c’est une symétrie dont on ne sait point les règles, et un rapport secret des traits ensemble, et des traits avec les couleurs et avec l’air de la personne. (contracted; show full) C’est une espèce de bonheur, de connaître jusques à quel point on doit être malheureux. {{t2|9.}} On n’est jamais si malheureux qu’on croit, ni si heureux qu’on avait espéré. {{t 23|C.}} On se console souvent d’être malheureux par un certain plaisir qu’on trouve à le paraître. {{t23|C.}} Il faudrait pouvoir répondre de sa fortune, pour pouvoir répondre de ce que l’on fera. {{t23|CXX.}} Comment peut-on répondre de ce qu’on voudra à l’avenir, puisque l’on ne sait pas précisément ce que l’on veut dans le temps présent ? {{t23|CXXX.}} L’amour est à l’âme de celui qui aime ce que l’âme est au corps qu’elle anime. {{t23|CXC.}} La justice n’est qu’une vive appréhension qu’on ne nous ôte ce qui nous appartient ; de là vient cette considération et ce respect pour tous les intérêts du prochain, et cette scrupuleuse application à ne lui faire aucun préjudice ; cette crainte retient l’homme dans les bornes des biens que la naissance, ou la fortune, lui ont donnés, et sans cette crainte il ferait des courses continuelles sur les autres. {{t23|CL.}} La justice, dans les juges qui sont modérés, n’est que l’amour de leur élévation. {{t23|CLX.}} On blâme l’injustice, non pas par l’aversion que l’on a pour elle, mais pour le préjudice que l’on en reçoit. {{t23|CLXX.}} Le premier mouvement de joie que nous avons du bonheur de nos amis ne vient ni de la bonté de notre naturel, ni de l’amitié que nous avons pour eux ; c’est un effet de l’amour-propre qui nous flatte de l’espérance d’être heureux à notre tour, ou de retirer quelque utilité de leur bonne fortune. {{t23|CLXXX.}} Dans l’adversité de nos meilleurs amis, nous trouvons toujours quelque chose qui ne nous déplaît pas. {{t23|CXC.}} L’aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil : il sert à le nourrir et à l’augmenter, et nous ôte la connaissance des remèdes qui pourraient soulager nos misères et nous guérir de nos défauts. {{t23|CC.}} On n’a plus de raison, quand on n’espère plus d’en trouver aux autres. {{t2|21.}} Les philosophes, et Sénèque surtout, n’ont point ôté les crimes par leurs préceptes : ils n’ont fait que les employer au bâtiment de l’orgueil. {{t2|22.}} Les plus sages le sont dans les choses indifférentes, mais ils ne le sont presque jamais dans leurs plus sérieuses affaires. {{t23|CCXXX.}} La plus subtile folie se fait de la plus subtile sagesse. {{t2|24.}} La sobriété est l’amour de la santé, ou l’impuissance de manger beaucoup. (contracted; show full)e que chaque talent de même que chaque arbre a ses propriétés et ses effets qui lui sont tous particuliers ; de là vient que le poirier le meilleur du monde ne saurait porter les pommes les plus communes, et que le talent le plus excellent ne saurait produire les mêmes effets des talents les plus communs ; de là vient encore qu’il est aussi ridicule de vouloir faire des sentences sans en avoir la graine en soi que de vouloir qu’un parterre produise des tulipes quoiqu’on n’y ait point semé les oignons. {{t 23|C.}} Une preuve convaincante que l’homme n’a pas été créé comme il est, c’est que plus il devient raisonnable et plus il rougit en soi-même de l’extravagance, de la bassesse et de la corruption de ses sentiments et de ses inclinations. {{t23|C.}} Il ne faut pas s’offenser que les autres nous cachent la vérité puisque nous nous la cachons si souvent nous-mêmes. {{t23|CXX.}} Rien ne prouve davantage combien la mort est redoutable que la peine que les philosophes se donnent pour persuader qu’on la doit mépriser. {{t23|CXXX.}} Il semble que c’est le diable qui a tout exprès placé la paresse sur la frontière de plusieurs vertus. {{t23|CXC.}} La fin du bien est un mal ; la fin du mal est un bien. {{t23|CL.}} On blâme aisément les défauts des autres, mais on s’en sert rarement à corriger les siens. {{t23|CLX.}} Les biens et les maux qui nous arrivent ne nous touchent pas selon leur grandeur, mais selon notre sensibilité. {{t23|CLXX.}} Ceux qui prisent trop leur noblesse ne prisent d’ordinaire pas assez ce qui en est l’origine. {{t23|CLXXX.}} Le remède de la jalousie est la certitude de ce qu’on craint, parce qu’elle cause la fin de la vie ou la fin de l’amour ; c’est un cruel remède, mais il est plus doux que les doutes et les soupçons. {{t23|CXC.}} Il est difficile de comprendre combien est grande la ressemblance et la différence qu’il y a entre tous les hommes. {{t23|CC.}} Ce qui fait tant disputer contre les maximes qui découvrent le cœur de l’homme, c’est que l’on craint d’y être découvert. {{t2|21.}} L’homme est si misérable que, tournant toutes ses conduites à satisfaire ses passions, il gémit incessamment sous leur tyrannie ; il ne peut supporter ni leur violence ni celle qu’il faut qu’il se fasse pour s’affranchir de leur joug ; il trouve du dégoût non seulement dans ses vices, mais encore dans leurs remèdes, et ne peut s’accommoder ni des chagrins de ses maladies ni du travail de sa guérison. {{t2|22.}} Dieu a permis, pour punir l’homme du péché originel, qu’il se fît un dieu de son amour-propre pour en être tourmenté dans toutes les actions de sa vie. {{t23|CCXXX.}} L’espérance et la crainte sont inséparables, et il n’y a point de crainte sans espérance ni d’espérance sans crainte. {{t2|24.}} Le pouvoir que les personnes que nous aimons ont sur nous est presque toujours plus grand que celui que nous y avons nous-mêmes. (contracted; show full) En ne voulant vous faire qu’une lettre, je me suis engagé insensiblement à vous écrire un grand discours ; appelez-le comme vous voudrez, ou discours ou lettre, il ne m’importe, pourvu que vous en soyez content, et que vous me fassiez l’honneur de me croire, MONSIEUR, Votre, etc. All content in the above text box is licensed under the Creative Commons Attribution-ShareAlike license Version 4 and was originally sourced from https://fr.wikisource.org/w/index.php?diff=prev&oldid=3497741.
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