Difference between revisions 3512601 and 3512664 on frwikisource==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/8]]== PRÉFACE DE L’ÉDITEUR Peignant Lucien Leuwen à sa propre ressemblance, Beyle se souvient de ce qu’il était lui-même à vingt ans et mesurant l’écart qu’il y avait entre sa vie passée et son existence actuelle, il inscrit dans les marges de son manuscrit cette exclamation désabusée : « Quelle différence, his life in Civita-Vecchia and his life rue d’Angivillier, au café de Rouen ! 1803 et 1835 ! Tout était pour l’esprit en 1803. » (contracted; show full) Quelques énigmes subsistent cependant, car si nous n’ignorons point absolument les circonstances qui lui firent prendre la plume, nous nous voyons réduits aux conjectures quand il s’agit d’apprécier la qualité comme l’étendue de la trame qu’il a selon sa coutume encore empruntée, et ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/10]]== et sur laquelle son imagination dans un cadre tout formé s’est amusée à broder des aventures plausibles. ** *{{***}} Henri Beyle, lors d’un congé à Paris en 1833, avait reçu des mains de son amie madame Gaulthier qui sollicitait ses conseils le manuscrit d’un roman intitulé le Lieutenant. Il l’emporta en Italie pour en prendre connaissance tout à loisir, et c’est cette lecture qui le détermina à traiter pour son compte le même sujet. (contracted; show full) « J’ai lu le Lieutenant, chère et aimable amie. Il faudra le recopier en entier et vous figurer que vous traduisez un livre allemand. Le langage, suivant moi, est horriblement noble et emphatique ; je l’ai cruellement barbouillé. Il faut ne pas avoir de paresse ; car, enfin, vous n’écrivez que pour écrire : c’est pour vous un amusement. Donc, mettre tout en dialogue, toute la fin du deuxième cahier : Versailles, Hélène, Sophie, les comédies de société. –— Tout cela est lourd en récit. Le dénoûment est plat. Olivier a l’air de chasser aux millions ; chose admirable dans la réalité, parce que le spectateur se dit : « Je dînerais chez cet homme-là » ; infâme dans la lecture. –— J’ai indiqué un autre dénoûment. –— Comme vous voyez, j’ai été fidèle à nos conventions ; nul ménagement pour l’amour-propre. –— Il faut moins de de dans les noms, et ne pas désigner vos personnages par leurs noms de baptême. Est-ce qu’en parlant de ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/14]]== Crozet, vous dites Louis ? –— Vous dites Crozet ou vous devez le dire. Il faut effacer dans chaque chapitre au moins cinquante superlatifs. Ne jamais dire : « La passion brûlante d’Olivier pour Hélène ». Le pauvre romancier doit tâcher de faire croire à la passion brûlante, mais ne jamais la nommer : cela est contre la pudeur. Songez que parmi les gens riches il n’y a plus de passion, excepté pour la vanité blessée. Si vous dites : La passion qui le dévorait, vous tombez dans le roman pour femme de chambre, imprimé in-12 par M. Pigoreau. Mais pour les femmes de chambres, le Lieutenant n’a pas assez de cadavres, d’enlèvements et autres choses naturelles dans les romans du père Pigoreau. LEUWEN Oou L’élève chassé de l’École Polytechnique. J’adopterais ce titre. Cela explique l’amitié ou la liaison d’Olivier pour Edmond. Le caractère d’Edmond, ou l’académicien futur, est ce qu’il y a de plus neuf dans le Lieutenant. Le fond des ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/15]]== des chapitres est vrai ; mais les superlatifs de feu M. Desmazures gâtent tout. Racontez-moi cela comme si vous m’écriviez. Lisez la Marianne de Marivaux, et Quinze-cent-soixante-douze de M. Mérimée, comme on prend une médecine noire, pour vous guérir du Phébus de province. En décrivant un homme, une femme, un site, songez toujours à quelqu’un, à quelque chose de réel. Je suis tout plein du Lieutenant que je viens de finir. Mais comment vous renvoyer ce manuscrit ? Il faut une occasion. Où la prendre ? Je vais chercher. Écrivez-moi une lettre remplie de noms propres. –— Le retour d’un congé est un moment bien triste ; je pourrais faire trois pages, pas trop mauvaises, sur ce thème. On se dit : Vais-je vivre, vais-je vieillir loin de ma patrie ou de la patrie ? cela est plus à la mode. Je passe toutes les soirées chez une marquise de dix-neuf ans, qui croit avoir de l’amitié pour votre serviteur. Quant à moi, elle est comme un bon canapé, bien commode. Hélas ! rien de plus, je n’ai pas davantage ; et, ce qui est bien pis, je ne désire pas davantage. » (contracted; show full) ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/21]]== unité n’est jamais troublée et son axe demeure immuable. Ainsi l’auteur, le 10 février 1835, va jusqu’à prévoir quatre livres dans lesquels il distribue tout ce qu’il a préparé jusque-là : « Livre I. –— La vie de province parmi les gens les plus riches qui l’habitent. Ils haïssent, ils ont peur, leur malheur vient de là. « Livre II. –— Amour passionné suivi d’une brouille fort raisonnable en apparence. Le héros a si peu de vanité qu’il ne prend pas sa maîtresse en grippe. Il se réfugie à Paris. « Livre III. –— Son père veut le marier. Vie de Paris parmi la haute banque, la Chambre des Députés et les ministres. « Livre IV. –— Vie de ce qu’il y a de plus noble et de plus riche parmi les Français qui vivent hors de France. Dénouement. » Ce projet si riche de substance est loin malheureusement d’avoir été rempli. Non que Beyle n’ait eu le temps de mettre sur pied un aussi vaste ensemble, mais parce qu’il se rend brusquement compte le 28 avril 1835, que c’est une faute que d’amener à la fois tant de nouveaux personnages ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/22]]== au cours d’une action aux deux tiers engagée : « Je supprime le troisième volume, par la raison que ce n’est que dans la première chaleur de la jeunesse et de l’amour que l’on peut avaler une exposition et de nouveaux personnages. Arrivé à un certain âge, cela est impossible. Ainsi donc, plus de duchesse de Saint-Mégrin et de troisième volume. Cela fera un autre roman. » L’histoire de Lucien Leuwen toutefois n’en devait pas moins se clore par son mariage. Et Stendhal n’a jamais songé à modifier le dénouement qu’il avait toujours prévu. Plusieurs plans en peuvent témoigner. J’en reproduis un seul qui date très probablement des premiers mois de la composition du livre et dont la tendresse contenue fait prévoir les dernières pages de la Chartreuse. Il est d’autant plus utile de marquer quel eût été l’épilogue de Lucien Leuwen que le livre demeure en suspens sans que l’auteur ait pris le temps d’en développer l’émouvant finale : « Plan pour la fin. –— Madame de Chasteller se fait épouser, Leuwen croyant qu’elle a fait un enfant. À Paris, après la noce : « Tu es à moi, lui dit-elle en le couvrant de baisers. Pars pour Nancy. Tout de suite, monsieur, tout de suite ! Tu sais ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/23]]== malheureusement combien mon père me hait. Interroge-le, interroge tout le monde. Et écris-moi. Quand tes lettres montreront la conviction (et tu sais que je suis bon juge), alors tu reviendras, mais seulement alors. Je saurai fort bien distinguer la philosophie d’un homme de bon sens qui pardonne une erreur antérieure à son bail, ou l’impatience de l’amour que tu as naturellement pour moi, de la conviction sincère de ce cœur que j’adore. » Leuwen revint au bout de huit jours. –— Fin du roman. » ** *{{***}} Le jour où Stendhal décide de ne pas traiter la troisième partie projetée, il s’aperçoit d’une conséquence imprévue de sa décision : son roman est terminé. Entendons-nous : ce n’est point encore une œuvre achevée et mise au point, l’auteur s’en rend compte mieux que personne. Toutefois les épisodes centraux sont traités, les grandes masses sont en place. Depuis le jour où il en a noirci le premier feuillet Stendhal a donné tous ses loisirs à son livre. À peine s’en est-il laissé distraire de temps en temp(contracted; show full) L’image de la femme aimée en effet ne quitte pas un instant sa pensée. Aussi s’adresse-t-il à lui-même cette apostrophe : « Tu n’es qu’un naturaliste, tu ne choisis pas tes modèles, mais prends pour love toujours Métilde et Dominique. » La passion de Lucien Leuwen pour madame de Chasteller ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/33]]== de Chasteller est en effet calquée sur celle qu’Henry Beyle éprouva pour Mathilde Dembowski à Milan environ les années 1818 à 1821. À son retour à Paris, vingt fois par jour, Beyle se demandait : « M’aimait-elle ? » et Lucien quand il a quitté Nancy ne cesse dans les salons de sa mère, de se poser la même question. L’auteur peut bien par ailleurs nous apprendre qu’il a donné à son jeune héros la figure vive de M. Ambroise Thomas, grand premier prix de Rome en 1832, et au surplus une mobilité tout à fait opposée à l’air attaché d’ambassade qu’on remarquait vers 1835 au comte d’Haussonville, attaché d’ambassade à Naples, ce ne sont là que traits secondaires. Il lui a surtout prêté sa sensibilité, ses goûts, ses aspirations. Lucien et Stendhal écoutent avec le même ravissement la musique italienne, ils partagent les mêmes convictions politiques. L’un et l’autre sont de ces républicains singuliers qui abhorrent la canaille et ne manifestent que des goûts aristocratiques, –— de même que l’auteur de Racine et Shakspeare était romantique sans pouvoir admettre un seul écrivain romantique de son temps. « Que suis-je ? » se demande Lucien aux chapitres VI et XXVI de cet ouvrage, et aux premières lignes de la Vie d’Henri Brulard une préoccupation identique pousse ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/34]]== Henri Beyle à se poser la même interrogation passionnée : « Qu’ai-je été, que suis-je ? En vérité je serais embarrassé de le dire. » (contracted; show full) ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/36]]== actes journaliers et les penchants de l’âme. Sa mémoire visuelle si nette et si particulière qu’elle va lui restituer, –— dès qu’il aura abandonné la rédaction de Lucien Leuwen, –— le souvenir de ses premières années tirées d’un quasi oubli au moyen d’un croquis, d’un état des lieux qui persistait en son souvenir avant que ne surgît la vision de l’événement même <ref>Cf. La Vie d’Henri Brulard, édition du Divan, passim, et la préface de l’éditeur pp. XVI-XXI.</ref>, sa mémoire visuelle lui apporte déjà ici des tableaux fort pittoresques qu’il n’a qu’à calquer pour ainsi dire pour en individualiser son récit. Quand il met en scène un préfet dans une pose théâtrale et drapant avantageusement sa robe de chambre, c’est que le même geste, la même attitude l’ont frappé à une époque déterminée de sa carrière et son souvenir est si vivant qu’il écrit aussitôt en marge de son croquis : « modèle : Feu M. Saulnier en Pologne, 1812 ». Souvent Beyle a de cette façon écrit en clair ou au moyen d’anagrammes plus ou moins transparentes les noms de ses modèles, et j’ai souvent donné cette clé en note. Faut-il pour le surplus indiquer ici tout ce que le singulier docteur Du Poirier doit au Grenoblois Rubichon qui passa à Civita-Vecchia en janvier-février 1835 et de qui Stendhal a conservé dans son roman jusqu’ ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/37]]== au souvenir de ses relations avec Lamennais <ref>Cf. Henry Dumolard : Le véritable docteur Du Poirier, Le Divan, Juillet-août et septembre-octobre 1928.</ref> ? On mentionnerait rapidement de même que le lieutenant-colonel Filloteau doit quelques traits au général Curial ; –— M. de Beausobre reçoit les siens du maréchal Sebastiani ; –— Ernest Dévelroy fait une carrière semblable à celle de M. Lerminier, professeur de législation au Collège de France ; –— Crapart a les attributions du préfet de police Cartier ; –— Gauthier est ardent républicain et homme d’honneur comme ce mathématicien de Grenoble, Gros, que nous connaissons bien par la vie d’Henri Brulard ; –— Mme Berchu hérite de la vulgarité de Mme Ingres et la marquise de Puylaurens de l’esprit de la comtesse Curial. Mais en même temps que Stendhal puise ainsi à pleines mains dans ses propres souvenirs, il a grand soin de marquer qu’il faudra enlever toute personnalité. Car la personnalité, « indigne de Dominique », a le défaut, dit-il, de mêler du vinaigre à la crème. Pourtant, ajoute-t-il, « les modèles connus par moi en 1829 et 30, revus un instant en 33, seront morts ou éloignés de la scène du monde quan(contracted; show full) Stendhal auparavant avait assez longtemps songé à l’Orange de Malte. Cette alliance de mois lui plaisait « uniquement à cause de la beauté du son (pour la phonie, dirait M. Ballanche) ». Mais inopinément, tandis qu’il en écrivait la seconde partie, il découvrit soudain un rapport entre son propre roman « et l’Orange de Malte de Fabre d’Églantine (dont on parlait aux déjeuners du comte Daru vers 1810) : un évêque donnait le conseil à sa nièce de devenir la maîtresse du roi ; –— M. Leuwen va se disputer avec son fils pour le forcer à entretenir une fille. Scène comique du roman ». Toutefois Beyle craignait que ce titre ne fût bourgeois. Il y renonça et proposa : le Télégraphe. L’invention récente de Claude Chappe joue en effet son petit rôle dans ce roman ou Beyle entend peindre la vie politique de son temps. Ce ne fut qu’une velléité. (contracted; show full)t-de-Mauroy, n° 35) avec prière de le faire imprimer et corriger par quelque homme raisonnable. Corriger quant au style et aux indécences, mais laisser les extravagances. Si Mme Pauline Périer-Lagrange est devenue dévote, je la prie de remettre ces volumes manuscrits reliés à M. Levavasseur, libraire, place Vendôme, ou à la bibliothèque de la Chambre des Députés, si toutefois cette bibliothèque veut recevoir une telle infamie. Si elle n’en veut pas, à la Bibliothèque de Grenoble. Rome, le 17 février 1835. ⏎ ⏎ H. BEYLE. ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/47]]== H. BEYLE.⏎ ⏎ Je ne sais quel titre donner à ce livre ; peut-être Lucien Leuwen, ou l’Amarante et le Noir. (Le lendemain du charmant bal du Palais Torlonia.) Les autres testaments, répétons-le, n’infirment en aucune manière, et sur aucun point, l’esprit ni la lettre de celui-là. Beyle, dans tous, lègue son œuvre à sa sœur, madame Périer-Lagrange, et dans trois d’entre eux, c’est après elle, son cousin Romain Colomb qu’il charge d’en « corriger les passages scabreux, sans trop aplatir », et de le publier. (contracted; show full)ffacé seulement certaines répétitions et changé quelques-uns des mots surmontés d’une croix, c’est-à-dire ceux que Stendhal signalait ainsi comme ne lui convenant pas. Nul doute que l’auteur de ces changements fut Colomb fidèle aux volontés d’un testament qui lui enjoignait d’améliorer la copie de Stendhal dans le sens où celui-ci l’indiquait. Rien de plus légitime que sa conduite et l’on aurait bien fait rire les éditeurs, les lecteurs et même les érudits de 1855 si l’on avait souligné par des guillemets les corrections ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/49]]== les corrections vénielles de Colomb. Aujourd’hui où nous sommes plus vétilleux, où la mode dans les choses d’érudition est de respecter la pensée d’un auteur jusque dans ses lapsus, où le scrupule est poussé jusqu’à l’absurde, j’ai tenu à substituer au texte du Chasseur vert amélioré par Colomb celui de la copie originale, pour les pages tout au moins qui demeurent en la bibliothèque de Grenoble et toutes les fois que celles-ci portent des variantes. Mais si le Chasseur vert nous offre sans contestation possible le dernier état du travail de Stendhal pour les premiers chapitres de son œuvre, il demeure que cette révision systématique n’a malheureusement pas été poussée par l’auteur bien au delà du quart environ de la matière totale. Force nous est donc, à l’endroit où la copie au net s’arrête, d’enchaîner avec le texte primitif. Celui-ci est renfermé dans cinq gros volumes reliés du fonds de la bibliothèque de Grenoble et classés sous la cote R. 301. Ils furent écrits, rappelons-le, du 5 mai 1834 au milieu de mars 1835 environ. Passée cette date Beyle n’a fait que les reprendre, pour raturer, modifier, ajouter et refondre. En outre, dans le carton R. 288, se trouve une liasse assez importante qui contient ce qu’on pourrait appeler des croquis préparatoires : (réflexions sur la société, plans, portraits ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/50]]== de personnages), –— tous documents qui ne se peuvent guère incorporer en totalité au récit, mais dont quelques fragments, dialogue ou notes sur les caractères, ont pu être extraits pour figurer dans la présente édition. (contracted; show full) Faut-il dire que j’ai unifié partout les noms des personnages que Stendhal avait souvent changés au cours de la composition de son livre. J’ai adopté une fois pour toutes les formes proposées les dernières. Pour les curieux j’indiquerai seulement que Leuwen s’était nommé successivement Lieven, Laiven, Lawhen ; –— Mme de Chasteller, Mme de Cérisy ; –— M. de Pontlevé, M. de Pont-carré ; –— Mme Grandet, Mme Gourandet ; –— ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/52]]== M. de Beausobre, M. de Beauséant ; –— M. Dévelroy, M. Ducauroy ou M. Du-cluzeau ; –— le capitaine Minière, le lieutenant Milière ; –— M. Crapart, M. Crochart ou M. Camard. Est-il besoin encore d’affirmer que le manuscrit de Lucien Leuwen, comme ceux d’Henri Brulard, de Lamiel ou des Souvenirs d’Égotisme est rempli d’anagrammes ou de clés, que Beyle n’écrit que the K pour le roi et L pour Louis-Philippe. J’ai remplacé bien entendu partout tejé, sseme, tolikeskato, sulkon, mentser, chearvê par jésuite, messe, catholiques, consul, serment, archevêque ou encore Touls, randtalley, zogui, 1/3 par Soult, Talleyrand, Guizot, Thiers, –— et j’ai traduit de même less that the king par moins que le roi, des teriesplaisan sur un p…age par des plaisanteries sur un personnage et quelque prtr prêchant l’év. à la nechi par quelque prêtre prêchant l’évangile à la Chine. (contracted; show full)taisie. On n’y saurait pas davantage reconnaître Grenoble. Seule la société qui l’habite est peinte d’après les propres souvenirs de l’auteur, rafraîchis par ceux de son compatriote Rubichon après leurs conversations de quelques jours à Civita-Vecchia. Sa ville natale, qu’il afficha toujours de peu aimer, avait laissé sur Beyle une empreinte ineffaçable, et une quantité des noms du roman : Champagnier, Risset, Furonière, Allevard, Bron, Meylan sont empruntés à de petits villages des environs de Grenoble. ** *{{***}} On voit dans la seconde partie de ce roman Lucien Leuwen remplir des missions politiques à Champagnier (Cher) et à Caen. Le manuscrit au sujet de ces deux localités porte encore des indications fort contradictoires. Beyle n’avait d’abord choisi pour tous les noms de lieux de son roman que des noms imaginaires, puis, afin que le lecteur puisse mieux situer l’action, il a songé à des villes réelles. Nancy fut alors préféré à ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/55]]== (contracted; show full) Les travaux de MM. Debraye et Rambaud ont des mérites divers et dont j’ai bien entendu fait profiter la présente édition, ayant surtout cherché à éviter quelques-unes des petites erreurs de lecture qu’il leur était arrivé de commettre. ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/57]]== Il me fut pour le reste facile de suivre, grâce à mes deux devanciers, une route déjà deux fois frayée. Je les prie de trouver ici tous mes remerciements. HENRI MARTINEAU. Première préface==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/58]]== PREMIÈRE PRÉFACE <ref>Cette préface, publiée par Colomb comme seconde préface, mais à laquelle nous redonnons sa priorité chronologique, ne se retrouve plus dans les manuscrits de Grenoble. N. D. L. E.</ref>⏎ ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/58]]== Cet ouvrage-ci est fait bonnement et simplement, sans chercher aucunement les allusions, et même en cherchant à en éviter quelques-unes. Mais l’auteur pense que, excepté pour la passion du héros, un roman doit être un miroir. Si la police rend imprudente la publication, on attendra dix ans. 2 août 1836. Deuxième préface==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/59]]== DEUXIÈME PRÉFACE <ref>11 Écrite probablement le 28 septembre 1836 ; se trouve, de la main de Stendhal, en tête du manuscrit R.5.896, tome XIII, pp 1 et 2. N. D. L. E.</ref>⏎ ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/59]]== Racine était un hypocrite lâche et sournois, car il a peint Néron ; tout comme Richardson, cet imprimeur puritain et envieux, était sans doute un admirable séducteur de femmes car il a fait Lovelace. L’auteur du roman que vous allez lire, ô lecteur bénévole, si vous avez beaucoup de patience, est un républicain enthousiaste de Robespierre et de Couthon. Mais, en même temps, il désire avec passion le retour de la branche aînée et le règne de Louis XIX. Mon éditeur m’a assuré qu’on m’imputerait toutes ces b(contracted; show full) vus en dernier lieu qui semblent les plus ridicules. Du reste, quel triste temps que celui où l’éditeur d’un roman frivole demande instamment à l’auteur une préface du genre de celle-ci. Ah ! qu’il eût mieux valu naître deux siècles et demi plus tôt, sous Henri IV, en 1600 ! La vieillesse est amie de l’ordre et a peur de tout. Celle de notre homme, né en 1600, se fût facilement accommodée du despotisme si noble du roi Louis XIV et du gouvernement que nous montre si bien l’inflexible génie du duc de Saint- Simon. ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/61]]== Simon. Il a été vrai, on l’appelle méchant. Si, par hasard, l’auteur de ce roman futile avait pu atteindre à la vérité, lui ferait-on le même reproche ? Il a fait tout ce qu’il fallait pour ne le mériter en aucune façon. En peignant ces figures, il se laissait aller aux douces illusions de son art, et son âme était bien éloignée des pensées corrodantes de la haine. Entre deux hommes d’esprit, l’un extrêmement républicain, l’autre extrêmement légitimiste, le penchant secret de l’auteur sera pour le plus aimable. En général, le légitimiste aura des manières plus élégantes et saura un plus grand nombre d’anecdotes amusantes ; le républicain aura plus de feu dans l’âme et des façons plus simples et plus jeunes. Après avoir pesé ces qualités d’un genre opposé, l’auteur, ainsi qu’il en a déjà prévenu, préférera le plus aimable des deux ; et leurs idées politiques n’entreront pour rien dans les motifs de sa préférence. Troisième préface==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/62]]== TROISIÈME PRÉFACE <ref>12 Cette préface, de la main de Stendhal, se trouve dans le manuscrit R 5.896, tome XIII, pp 4 et 5. N. D. L. E.</ref>⏎ ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/62]]== Il y avait un jour un homme qui avait la fièvre et qui venait de prendre du quinquina. Il avait encore le verre à la main, et faisant la grimace à cause de l’amertume, il se regarda au miroir et se vit pâle et même un peu vert. Il quitta rapidement son verre et se jeta sur le miroir pour le briser. Tel sera peut-être le sort des volumes suivants. Par malheur pour eux, ils ne racontent point une action passée il y a cent ans, les personnages sont contemporains ; ils vivaient, ce me semble, il y a deux ou trois ans. Est-ce la faute de l’auteur si quelques-uns sont légitimistes décidés et si d’autres parlent comme des républicains ? L’auteur restera-t-il convaincu d’être à la fois légitimiste et républicain ? À vrai dire, puisqu’on est forcé de faire un aveu si sérieux, crainte de pis, l’auteur serait au désespoir de vivre sous le ==[[Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/63]]== gouvernement de New York. Il aime mieux faire la cour à M. Guizot que faire la cour à son bottier. Au dix-neuvième siècle, la démocratie amène nécessairement dans la littérature le règne des gens médiocres, raisonnables, bornés et plats, littérairement parlant. 21 octobre 1836. All content in the above text box is licensed under the Creative Commons Attribution-ShareAlike license Version 4 and was originally sourced from https://fr.wikisource.org/w/index.php?diff=prev&oldid=3512664.
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