Difference between revisions 3558552 and 3558553 on frwikisource


==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/135]]==



{{=}}

{{Centré|SCÈNE I.}}
(contracted; show full)Que pour forcer Atrée à s’éloigner d’Athènes, 
Je l’abandonnerais lorsque elle va périr !
Non, je cours dans ses murs la défendre, ou mourir.
Vous m’opposez en vain l’impitoyable Atrée :
Peut-il me soupçonner d’être en cette contrée ?
Sans appui, sans secours, sans suite dans ces lieux, 
Sans éclat qui sur moi puisse attirer les yeux, 



</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/137]]==
<poem>
Dans l’état où m’a mis la colère céleste, 
Hélas ! Et qui pourrait reconnaître Thyeste ?
Voyez donc le tyran : quel que soit son courroux, 
C’est assez que mon cœur n’en craigne rien pour vous, 
Ma fille ; vous savez que sa main meurtrière
(contracted; show full)Plus terrible pour moi, dans ces cruels moments, 
Que le tombeau, le spectre, et ses gémissements.
J’ai cru voir le barbare entouré de furies, 
Un glaive encor fumant armait ses mains impies ;
Et, sans être attendri de ses cris douloureux, 
Il semblait dans son sang plonger un malheureux.
Aerope, à cet aspect, plaintive et désolée, 



</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/139]]==
<poem>
De ses lambeaux sanglants à mes yeux s’est voilée.
Alors j’ai fait, pour fuir, des efforts impuissants ;
L’horreur a suspendu l’usage de mes sens.
À mille affreux objets l’âme entière livrée, 
Ma frayeur m’a jeté sans force aux pieds d’Atrée.
(contracted; show full)
{{Centré|Atrée, Théodamie, Eurysthène, Alcimédon, Léonide, Gardes.}}

{{Centré|A L C I M É D O N.|lh=3}}
<poem>Vous tenteriez, seigneur, un inutile effort ;
Je le sais d’un vaisseau qui vient d’entrer au port.
On ne sait s’il a pris la route de Mycènes :



</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/141]]==
<poem>
Mais, depuis près d’un mois, il n’est plus dans Athènes.
Vous en pourrez vous-même être mieux éclairci ;
Le chef de ce vaisseau sera bientôt ici.
</poem>
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Qu’il vienne : Alcimédon, allez ; qu’on me l’améne ;
Je l’attends : avec lui faites venir Plisthène ;
Il doit être déjà de retour en ces lieux.</poem>



{{=}}

{{Centré|SCÈNE IV.}}

{{Centré|Atrée, Théodamie, Léonide, Eurysthène, Gardes.}}

{{Centré|A T R É E à Théodamie.|lh=3}}
<poem>Madame, quel dessein vous présente à mes yeux ?
</poem>
{{Centré|T H É O D A M I E.|lh=3}}
<poem>Prête à tenter, seigneur, la route du Bosphore, 
Souffrez qu’une étrangère aujourd’hui vous implore.
J’éprouve dès longtemps qu’un roi si généreux
Ne voit point sans pitié le sort des malheureux.
Sur ces bords échappée au plus cruel naufrage, 
Les flots de mes débris ont couvert ce rivage.
Sans appui, sans secours, dans ces lieux écartés, 
J’attends tout désormais de vos seules bontés.
Vous parûtes sensible au destin qui m’accable :
Puis-je espérer, seigneur, qu’un roi si redoutable
Daigne, de mes malheurs plus touché que les dieux, 
M’accorder un vaisseau pour sortir de ces lieux ?
</poem>
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Puisque la mer vous laisse une libre retraite,
</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/142]]==
<poem>


Ordonnez, et bientôt vous serez satisfaite ;
Disposez de ma flotte avec autorité.
Un vaisseau suffit-il pour votre sûreté ?
Prête à sortir des lieux qui sont sous ma puissance, 
Où vous conduira-t-il ?
</poem>
{{Centré|T H É O D A M I E.|lh=3}}
<poem>{{cach|Où vous conduira-t-il ?}}Seigneur, c’est à Byzance
(contracted; show full){{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>{{cach|Les thraces.}}Et ton nom ?
</poem>
{{Centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>{{cach|Les thraces. Et ton nom ?}}Pourriez-vous le connaître ?
Philoclète.
</poem>

{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>{{cach|Philoclète.}}
</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/145]]==
<poem>
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>{{cach|Philoclète.}}Ton rang ?
</poem>
{{Centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>{{cach|Philoclète. Ton rang ?}}Noble, sans dignité, 
Et toujours le jouet du destin irrité.
</poem>
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Où s’adressaient tes pas ? Et de quelle contrée
Revenait ce vaisseau brisé près de l’Eubée ?
</poem>
{{Centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>De Sestos ; et j’allais à Delphes implorer
Le dieu dont les rayons daignent nous éclairer.
</poem>
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Et tu vas de ces lieux… ?
</poem>
{{Centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>{{cach|Et tu vas de ces lieux… ?}}Seigneur, c’est dans l’Asie
Que je vais terminer ma déplorable vie, 
Espérant aujourd’hui que de votre bonté
J’obtiendrai le secours que les flots m’ont ôté.
Daignez…
</poem>
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>{{cach|Daignez…}}Quel son de voix a frappé mon oreille !
Quel transport tout-à-coup dans mon cœur se réveille !
D’où naissent à la fois des troubles si pui
</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/146]]==
<poem>
D’où naissent à la fois des troubles si puissants ?
Quelle soudaine horreur s’empare de mes sens !
Toi, qui poursuis le crime avec un soin extrême, 
Ciel, rends vrais mes soupçons, et que ce soit lui-même !
Je ne me trompe point, j’ai reconnu sa voix ;
Voilà ses traits encore : ah ! C’est lui que je vois :
Tout ce déguisement n’est qu’une adresse vaine ;
Je le reconnaîtrais seulement à ma haine :
Il fait pour se cacher des efforts superflus ;
C’est Thyeste lui-même, et je n’en doute plus.
</poem>
{{Centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>Moi, Thyeste, seigneur !
</poem>
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>{{cach|Moi, Thyeste, seigneur !}}Oui, toi-même, perfide !
Je ne le sens que trop au transport qui me guide ;
Et je hais trop l’objet qui paraît à mes yeux
Pour que tu ne sois point ce Thyeste odieux.
Tu fais bien de nier un nom si méprisable :
En est-il sous le ciel un qui soit plus coupable ?
</poem>
{{Centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>Eh bien ! Reconnais-moi ; je suis ce que tu veux, 
Ce Thyeste ennemi, ce frère malheureux.
Quand même tes soupçons et ta haine funeste
N’eussent point découvert l’infortuné Thyeste, 
Peut-être que la mienne, esclave malgré moi, 
Aux dépens de mes jours m’eût découvert à toi.
</poem>
{{Centré|A
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/147]]==
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Ah, traître ! C’en est trop ; le courroux qui m’anime
T’apprendra si je sais comme on punit un crime.
Je rends grâces au ciel qui te livre en mes mains :
Sans doute que les dieux approuvent mes desseins, 
Puisque avec mes fureurs leurs soins d’intelligence
T’amènent dans des lieux tout pleins de ma vengeance.
Perfide, tu mourras : oui, c’est fait de ton sort ;
Ton nom seul en ces lieux est l’arrêt de ta mort.
Rien ne peut t’en sauver ; la foudre est toute prête ;
J’ai suspendu longtemps sa chute sur ta tête.
Le temps, qui t’a sauvé d’un vainqueur irrité, 
A grossi tes forfaits par leur impunité.
</poem>
{{Centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>Que tardes-tu, cruel, à remplir ta vengeance ?
Attends-tu de Thyeste une nouvelle offense ?
Si j’ai pu quelque temps te déguiser mon nom, 
Le soin de me venger en fut seul la raison.
Ne crois pas que la peur des fers ou du supplice
Ait à mon cœur tremblant dicté cet artifice :
Aerope par ta main a vu trancher ses jours ;
La même main des miens doit terminer le cours ;
Je n’en puis regretter la triste destinée.
Précipite, inhumain, leur course infortunée, 
Et sois sûr que contre eux l’attentat le plus noir
N’égale point pour moi l’horreur de te revoir.
</poem>
{{Centré|
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/148]]==
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Vil rebut des mortels, il te sied bien encore
De braver dans les fers un frère qui t’abhorre !
Holà ! Gardes, à moi !</poem>
{{Centré|THÉODAMIE, à Atrée.|lh=3}}
<poem>{{cach|Holà ! Gardes, à moi !}}Que faites-vous, seigneur ?
Dieux ! Sur qui va tomber votre injuste rigueur !
Ne suivrez-vous jamais qu’une aveugle colère ?
Ah ! Dans un malheureux reconnoissez un frère ;
Que sur ses noirs projets votre cœur combattu
Écoute la nature, ou plutôt la vertu.
Immolez donc, seigneur, et le père et la fille ;
Baignez-vous dans le sang d’une triste famille.
Thyeste, par vous seul accablé de malheurs, 
Peut-il être un objet digne de vos fureurs ?
</poem>
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Vous prétendez en vain que mon cœur s’attendrisse.
Qu’on lui donne la mort, gardes ; qu’on m’obéisse ;
De son sang odieux qu’on épuise son flanc…
{{d|''Bas, à part.''}}
Mais non ; une autre main doit verser tout son sang.
{{d|''Aux gardes.''}}
Oubliais-je… arrêtez. Qu’on me cherche Plisthène.</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/149]]==




{{=}}

{{Centré|SCÈNE VI.}}

{{Centré|Atrée, Thyeste, Plisthène, Théodamie, Eurysthène, Thessandre, Léonide, Gardes.}}

{{Centré|PLISTHÈNE, à Atrée.|lh=3}}
<poem>
</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/149]]==
<poem>
Ciel ! Qu’est-ce que j’entends ? Quelle fureur soudaine
De votre voix, seigneur, a rempli tous ces lieux ?
Qui peut causer ici ces transports furieux ?</poem>
{{Centré|THÉODAMIE, à Plisthène.|lh=3}}
<poem>Ces transports où l’emporte une injuste colère
Ne menacent, seigneur, que mon malheureux père :
Sauvez-le, s’il se peut, des plus funestes coups.
</poem>
{{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}}
<poem>Votre père, madame ! ô ciel ! Que dites-vous ?
{{d|''À Atrée.''}}
À l’immoler, seigneur, quel motif vous engage ?
De quoi l’accuse-t-on ? Quel crime, quel outrage
De l’hospitalité vous fait trahir les droits ?
Aurait-il à son tour violé ceux des rois ?
Étranger dans ces lieux, que vous a-t-il fait craindre
À le priver du jour qui puisse vous contraindre ?
</poem>
{{Centré|
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/150]]==
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Étranger dans ces lieux ! Que tu le connais mal !
De tous mes ennemis tu vois le plus fatal ;
C’est de tous les humains le seul que je déteste, 
Un perfide, un ingrat, en un mot, c’est Thyeste.
</poem>
{{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}}
<poem>Qu’ai-je entendu, grands dieux ! Lui Thyeste, Seigneur ?
Eh bien ! En doit-il moins fléchir votre rigueur ?
Calmez, seigneur, calmez cette fureur extrême.
</poem>
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Que vois-je ? Quoi ! Mon fils armé contre moi-même !
Quoi ! Celui qui devrait m’en venger aujourd’hui
Ose à mes yeux encor s’intéresser pour lui !
Lâche, c’est donc ainsi qu’à ton devoir fidèle
Tu disposes ton bras à servir ma querelle ?
</poem>
{{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}}
<poem>Plutôt mourir cent fois : je n’ai point à choisir ;
Dans mon sang, s’il le faut, baignez-vous à loisir.
Seigneur, par ces genoux que votre fils embrasse, 
Accordez à mes vœux cette dernière grâce :
Après l’avoir sauvé des ondes en courroux, 
M’en coûtera-t-il plus de le sauver de vous ?
À mes justes désirs que vos transports se rendent.
Voyez quel est le sang que mes pleurs vous demandent ;


</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/151]]==
<poem>
C’est le vôtre, seigneur, non un sang étranger :
C’est en lui pardonnant qu’il faut vous en venger.
</poem>
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Le perfide ! Si près d’éprouver ma vengeance, 
Daigne-t-il seulement implorer ma clémence ?
</poem>
{{Centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>Que pourrait me servir d’implorer ton secours, 
Si ton cœur qui me hait veut me haïr toujours ?
Eh ! Que n’ai-je point fait pour fléchir ta colère ?
Qui de nous deux, cruel, poursuit ici son frère ?
Depuis vingt ans entiers que n’ai-je point tenté
Pour calmer les transports de ton cœur irrité ?
Surmonte, comme moi, la vengeance et la haine ;
Règle tes soins jaloux sur les soins de Plisthène, 
Et tu verras bientôt, si j’en donne ma foi, 
Que tu n’as point d’ami plus fidèle que moi.
</poem>
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Quels seront tes garants ? Lorsque le nom de frère
N’a pu garder ton cœur d’un amour téméraire, 
Quand je t’ai vu souiller par tes coupables feux
Les autels où l’hymen allait combler mes vœux, 
Que peux-tu m’opposer qui parle en ta défense ?
Les droits de la nature, ou bien de l’innocence ?
</poem>
{{Centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>
</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/152]]==
{{Centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>
Ne me reproche plus mon crime ni mes feux ;
Tu m’as vendu bien cher cet amour malheureux.
Pour t’attendrir enfin, auteur de ma misère, 
Considère un moment ton déplorable frère :
Que peux-tu souhaiter qui te parle pour moi ?
Regarde en quel état je parois devant toi.
</poem>
{{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}}
<poem>Ah ! Rendez-vous, seigneur : je vois que la nature
Dans votre cœur sensible excite un doux murmure, 
Ne le combattez point par des soins odieux ;
Elle n’inspire rien qui ne vienne des dieux.
C’est votre frère enfin ; que rien ne vous arrête :
De sa fidélité je réponds sur ma tête.
</poem>
{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Plisthène, c’en est fait ; je me rends à ta voix ;
Je me sens attendri pour la première fois ;
Je veux bien oublier une sanglante injure.
Thyeste, sur ma foi que ton cœur se rassure :
De mon inimitié ne crains point les retours ;
Ce jour même en verra finir le triste cours ;
J’en jure par les dieux, j’en jure par Plisthène ;
C’est le sceau d’une paix qui doit finir ma haine.
Ses soins et ma pitié te répondront de moi, 
Et mon fils à son tour me répondra de toi ;


</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/153]]==
<poem>
Je n’en demande point de garant plus sincère.
Prince, c’est donc sur vous que s’en repose un père.
Allez ; et que ma cour, témoin de mon courroux, 
Soit témoin aujourd’hui d’un entretien plus doux.</poem>



{{=}}

{{Centré|SCÈNE VII.}}

{{Centré|Atrée, Eurysthène, Gardes.}}

{{Centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Toi, fais-les avec soin observer, Eurysthène ;
Disperse les soldats les plus chers à Plisthène, 
Écarte les amis de cet audacieux, 
Et viens, sans t’arrêter, me rejoindre en ces lieux.</poem>