Difference between revisions 3566570 and 3566582 on frwikisource==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/169]]== {{=}} {{Centré|''S C È N E &nbſsp; I''.}} {{Centré|Pliſthène, Theſſandre.}} {{Centré|T H E S S A N D R E.|lh=3}} <poem>Où courez-vous, ſeigneur ? Qu’allez-vous entreprendre ? </poem> {{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}} (contracted; show full)Croirais-tu que du roi la haine ſanguinaire A voulu me forcer d’aſſassiner ſon frère ; Que, pour mieux m’obliger à lui percer le flanc, De ſa fille, au refus, il doit verſer le ſang ? Ah ! Je me ſens ſaisir d’une fureur nouvelle : Courons, pour la ſauver, où mon honneur m’appelle. Mais où la rencontrer ? Eh quoi ! Les juſtes dieux ⏎ ⏎ </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/171]]== <poem> M’ont-ils déjà puni d’un projet odieux ? Que fait Thyeſte ? Hélas ! Qu’eſt-elle devenue ? Qui peut dans ce palais la ſoustraire à ma vue ? Je frémis : retournons les chercher en ces lieux, Les en ſauver, Theſſandre, ou périr à leurs yeux. Allons, ne laiſſons point, dans l’ardeur qui m’anime, Un cœur comme le mien réfléchir ſur un crime. Étouffons des remords que j’avais dû prévoir, Lorſque je n’attends rien que de mon déſespoir. Suis-moi ; c’eſt trop tarder ; & d’un péril extrême On doit moins balancer à ſauver ce qu’on aime. Ce n’eſt point un forfait ; c’eſt imiter les dieux Que de remplir ſon cœur du ſoin des malheureux.</poem> {{=}} {{Centré|''S C È N E &nbſsp; II''.}} {{Centré|Pliſthène, Théodamie, Theſſandre, Léonide.}} {{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}} <poem>Mais que vois-je, Theſſandre ? ô ciel ! Quelle eſt ma joie ! {{d|''À Théodamie.''}} Se peut-il qu’en ces lieux Pliſthène vous revoie ? (contracted; show full)S’il eſt vrai que l’amour ait pu vous attendrir, Au nom de cet amour daignez le ſecourir. Je vous dirais qu’un cœur plein de reconnaiſſance D’un ſervice ſi grand ſera la récompenſe, S’il avait attendu que tant de ſoins pour nous Vinſſent juſtifier ce qu’il ſentait pour vous. </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/173]]==⏎ {{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}} <poem>Diſſipez vos frayeurs, & calmez vos alarmes ;⏎ ⏎ </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/173]]== <poem> Vos yeux, pour m’attendrir, n’ont pas beſoin de larmes. Hélas ! Qui plus que moi doit plaindre vos malheurs ? Ne craignez rien ; mes ſoins ont prévenu vos pleurs. De ces funeſtes lieux votre fuite aſſurée Va vous mettre à couvert des cruautés d’Atrée ; Et je vais, s’il le faut, aux dépens de ma foi, Prouver à vos beaux yeux ce qu’ils peuvent ſur moi. Oui, croyez-en ces dieux que mon amour atteſte, Croyez-en ces garants du ſalut de Thyeſte : Il m’eſt plus cher qu’à vous : ſans me donner la mort, Le roi ne ſera point l’arbitre de ſon ſort. Votre père vivra ; vous vivrez ; & Pliſthène N’aura point eu pour vous une tendreſſe vaine. Je ſauverai Thyeſte. Eh ! Que n’ai-je point fait ? Hélas ! Si vous ſaviez d’un barbare projet À quel prix j’ai déjà tenté de le défendre… Venez ; pour lui, pour vous, je vais tout entreprendre : Heureux ſi je pouvais, en vous ſauvant tous deux, Près de ne vous voir plus, expirer à vos yeux !</poem> {{=}} {{Centré|''S C È N E &nbſsp; III''.}} {{Centré|Thyeſte, Pliſthène, Théodamie, Theſſandre, Léonide.}} {{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}} <poem>Mais Thyeſte paraît : quel bonheur eſt le nôtre ! Quel favorable ſort nous rejoint l’un & l’autre !</poem> {{Centré|T H Y E S T E ''⏎ ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/174]]== {{Centré|T H Y E S T E ''apercevant Pliſthène.''|lh=3}} <poem>Que vois-je ? Dieux puiſſants, après un ſi grand bien, Non, Thyeſte de vous ne demande plus rien. Quoi ! Prince, vous vivez ! Eh ! Comment d’un perfide Avez-vous pu fléchir le courroux parricide ? Que faiſiez-vous, cher prince ? Et dans ces mêmes lieux Qui pouvait ſi longtemps vous cacher à nos yeux ? Effrayé des fureurs où mon âme eſt livrée, Je vous croyais déjà la victime d’Atrée ; Pliſthène dans ces lieux n’était plus attendu. Je l’avoue, à mon tour je me ſuis cru perdu : J’allais tenter… </poem> {{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}} <poem>{{cach|J’allais tenter…}} Calmez le ſoin qui vous dévore ; Vous n’êtes point perdu, puiſque je vis encore. Tant que l’aſtre du jour éclairera mes yeux, Il n’éclairera point votre perte en ces lieux : Malgré tous mes malheurs, je vis pour vous défendre. ⏎ ⏎ </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/175]]== <poem> De ces bords cependant fuyez, ſans plus attendre ; Et, ſans vous informer d’un odieux ſecret, Croyez-en un ami qui vous quitte à regret. Adieu, ſeigneur, adieu : mon âme eſt ſatisfaite D’avoir pu vous offrir une sûre retraite. Theſſandre doit guider, au ſortir du palais, Des pas que je voudrais n’abandonner jamais. </poem> {{Centré|T H Y E S T E.|lh=3}} <poem>Moi fuir, prince ! Qui ? Moi ! Que je vous abandonne ! Ah ! Ce n’eſt pas ainſi que ma gloire en ordonne. Inſtruit par vos bontés pour un ſang malheureux, Je n’en trahirai point l’exemple généreux. Accablé des malheurs où le deſtin me livre, Je veux mourir en roi, ſi je ne puis plus vivre. Laiſſez-moi près de vous : je ne puis vous quitter. De noirs preſſentiments viennent m’épouvanter ; Je ſens à chaque inſtant que mes craintes redoublent, Que pour vous, en ſecret, mes entrailles ſe troublent : Je combats vainement de ſi vives douleurs ; Un pouvoir inconnu me fait verſer des pleurs. Laiſſez-moi partager le ſort qui vous menace. Au courroux du tyran la tendreſſe a fait place ; Les noms de fils pour lui ſont des noms ſuperflus ; Et ce n’eſt pas ſon ſang qu’il reſpecte le plus. </poem> {{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}} <poem> </poem>⏎ ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/176]]== {{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}}⏎ <poem> Ah ! Qu’il verſe le mien : plût au ciel que mon père Dans le ſang de ſon fils eût éteint ſa colère ! Fuyez, ſeigneur, fuyez ; & ne m’expoſez pas À l’horreur de vous voir égorger dans mes bras. Hélas ! Je ne crains point pour votre ſeule vie : Ne fuyez pas pour vous, mais pour Théodamie. C’eſt vous en dire aſſez, ſeigneur, ſauvez du moins L’objet de ma tendreſſe, & l’objet de mes ſoins. Et ne m’expoſez pas à l’horreur légitime D’avoir, ſans fruit pour vous, oſé tenter un crime. Fuyez, n’abuſez point d’un moment précieux. Cherchez-vous à périr dans ces funeſtes lieux ? Theſſandre, conduiſez… </poem> {{Centré|T H E S S A N D R E.|lh=3}} <poem>{{cach|Theſſandre, conduiſez…}} Seigneur, le roi s’avance. </poem> {{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}} <poem>Il en eſt temps encore, évitez ſa préſence.</poem> ⏎ ⏎ ⏎ ⏎ {{=}} {{Centré|''S C È N E &nbſp;⏎ ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/177]]== ⏎ ⏎ ⏎ ⏎ {{=}} {{Centré|''S C È N E IV''.}} {{Centré|Atrée, Thyeſte, Pliſthène, Théodamie, , Euryſthène, Theſſandre, Léonide, Gardes.}} {{Centré|A T R É E.|lh=3}} <poem>D’où vient, à mon abord, le trouble où je vous vois ? Ne craignez rien, les dieux ont fléchi votre roi. Ce n’eſt plus ce cruel guidé par ſa vengeance ; Et le ciel dans ſon cœur a pris votre défenſe. {{d|''À Thyeſte.''}} Ne crains rien pour des jours par ma rage proſcrits. Gardes, éloignez-vous.</poem> {{=}} {{Centré|''S C È N E &nbſsp; V''.}} {{Centré|Atrée, Thyeſte, Pliſthène, Théodamie, Euryſthène, Theſſandre, Léonide.}} {{Centré|A T R É E ''à Thyeſte.''|lh=3}} <poem>{{cach|Gardes, éloignez-vous.}}Raſſure tes eſprits : D’une indigne frayeur je vois ton âme atteinte ; Thyeſte, chaſſes-en les horreurs & la crainte. (contracted; show full)Et, pour mieux l’engager à t’arracher la vie, J’en devais, au refus, priver Théodamie. De ce récit affreux ne prends aucun effroi : Tu dois te raſſurer en le tenant de moi. {{d|''À Pliſthène.''}} Et toi, dont la vertu m’a garanti d’un crime, Ne crains rien d’un courroux peut-être légitime. ⏎ ⏎ </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/179]]== <poem> Si c’eſt un crime à toi de ne le point ſervir, Quelle eût été l’horreur d’avoir pu l’aſſouvir ! Enfin, c’eût été peu que d’immoler mon frère, Le malheureux auroit aſſassiné ſon père. </poem> (contracted; show full)Que mes ſoupçons jaloux ne troubleront jamais : Enfin, pour t’en donner une entière aſſurance, C’eſt par un fils ſi cher que ton frère commence. En faveur de ce fils, qui fut longtemps le mien, De mon ſceptre aujourd’hui je détache le tien. Rentre dans tes états ſous de ſi doux auſpices, Qui de notre union ne ſont que les prémices. ⏎ ⏎ </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/181]]== <poem> Je prétends que ce jour, que ſouillait ma fureur, Achève de bannir les ſoupçons de ton cœur. Thyeſte, en croiras-tu la coupe de nos pères ? Eſt-ce offrir de la paix des garants peu ſincères ? Tu ſais qu’aucun de nous, ſans un malheur ſoudain, Sur ce gage ſacré n’oſe jurer en vain : C’eſt ſa perte, en un mot : cette coupe fatale Eſt le ſerment du Styx pour les fils de Tantale. Je veux bien aujourd’hui, pour lui prouver ma foi, En mettre le péril entre Thyeſte & moi : Veut-il bien, à ſon tour, que la coupe ſacrée Achève l’union de Thyeſte & d’Atrée ? </poem> {{Centré|T H Y E S T E.|lh=3}} <poem>Pourriez-vous m’en offrir un gage plus ſacré, Que de me rendre un fils ? Mon cœur eſt raſſuré ; Et je ne penſe pas que le don de Pliſthène Soit un préſent, ſeigneur, que m’ait fait votre haine. J’accepte cependant ces garants d’une paix Qui fait depuis longtemps mes plus tendres ſouhaits. Non que d’aucun détour un frère vous ſoupçonne ; À la foi d’un grand roi Thyeſte s’abandonne : S’il en reçoit enfin des gages en ce jour, C’eſt pour vous raſſurer ſur la ſienne à ſon tour. </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/182]]==⏎ {{Centré|A T R É E.|lh=3}} <poem>Pour cet heureux moment qu’en ces lieux tout s’apprête ; </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/182]]== <poem>⏎ Qu’un pompeux ſacrifice en précède la fête ; Trop heureux ſi Thyeſte, aſſuré de la paix, Daigne la regarder comme un de mes bienfaits ! Vous qui de mon courroux avez ſauvé Pliſthène, C’eſt vous, de ce grand jour, que je charge, Euryſthène ; J’en remets à vos ſoins la fête & les apprêts. Courez tout préparer au gré de mes ſouhaits. Mon frère n’attend plus que la coupe ſacrée : Offrons-lui ce garant de l’amitié d’Atrée. Puiſſe le nœud ſacré qui doit nous réunir Effacer de ſon cœur un triſte ſouvenir ! Pourra-t-il oublier… ? </poem> {{Centré|T H Y E S T E.|lh=3}} <poem>{{cach|Pourra-t-il oublier… ?}}Tout, juſqu’à ſa miſère. Il ne ſe ſouvient plus que d’un fils & d’un frère.</poem> {{=}} {{Centré|''S C È N E &nbſsp; VI''.}} {{Centré|Pliſthène, Theſſandre.}} {{Centré|P L I S T H È N E ''à Theſſandre.''|lh=3}} <poem>Dès ce moment, au port précipite tes pas ; Que le vaiſſeau, ſurtout, ne s’en écarte pas. De mille affreux ſoupçons j’ai peine à me défendre. Cours ; & que nos amis viennent ici m’attendre.</poem> All content in the above text box is licensed under the Creative Commons Attribution-ShareAlike license Version 4 and was originally sourced from https://fr.wikisource.org/w/index.php?diff=prev&oldid=3566582.
![]() ![]() This site is not affiliated with or endorsed in any way by the Wikimedia Foundation or any of its affiliates. In fact, we fucking despise them.
|