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==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/183]]==




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(contracted; show full)<poem>Il ne tient plus qu’à vous d’éprouver leur courage ;
Je les ai diſpersés, ici, ſur le rivage ;
Tout eſt prêt. Cependant, ſi Pliſthène aujourd’hui
Veut en croire des cœurs pleins de zèle pour lui, 
Il ne partira point : ce deſſein téméraire
Pourrait cauſer ſa perte & celle de ſon père.
</poem>

{{centré|P L I S T H È N E.|lh=3}}
<poem>
</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/185]]==
{{centré|P L I S T H È N E.|lh=3}}
<poem>
Ah ! Je ne fuirais pas, quel que fût mon effroi, 
Si mon cœur aujourd’hui ne tremblait que pour moi.
Theſſandre, il faut ſauver mon père & la princeſſe ;
Ce n’eſt plus que pour eux que mon cœur s’intéreſſe.
Cherche Théodamie, & ne la quitte pas ;
Moi, je cours retrouver Thyeſte de ce pas.
</poem>
{{centré|T H E S S A N D R E.|lh=3}}
<poem>Eh ! Que prétendez-vous, ſeigneur, lorſque ſon frère
Semble de ſa préſence accabler votre père ?
Il ne le quitte point ; ſes longs embraſſements
Sont toujours reſſerrés par de nouveaux ſerments.
Un ſuperbe feſtin par ſon ordre s’apprête ;
Il appelle les dieux à cette auguſte fête.
Mon cœur, à cet aſpect qui s’eſt laiſſé charmer, 
Ne voit rien dont le vôtre ait lieu de s’alarmer.
</poem>
{{centré|P L I S T H È N E.|lh=3}}
<poem>Et moi, je ne vois rien dont le mien ne frémiſſe.
De quelque crime affreux cette fête eſt complice ;
C’eſt aſſez qu’un tyran la conſacre en ces lieux ;
Et nous ſommes perdus s’il invoque les dieux.
Va, cours avec ma sœur nous attendre au rivage ;
Moi, je vais à Thyeſte ouvrir un sûr paſſage.</poem>




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{{centré|''S C È N E &nbsp; III.''}}

{{Centré|PLISTHÈNE, ſeul|lh=3}}

<poem>Dieux puiſſants, ſecondez un ſi juſte deſſein ;
Et dérobez mon père aux coups d’un inhumain.</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/186]]==




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{{centré|''S C È N E &nbsp; IV.''}}

{{Centré|Atrée, Pliſthène, Gardes.}}
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/186]]==

{{centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Demeure, digne fils d’Aerope & de Thyeſte ;
Demeure, reſte impur d’un ſang que je déteſte.
Pour remplir de tes ſoins le projet important, 
Demeure, c’eſt ici que Thyeſte t’attend ;
Et tu n’iras pas loin pour rejoindre, perfide, 
Les traîtres qu’en ces lieux arme ton parricide.
Prince indigne du jour, voilà donc les effets
Que dans ton âme ingrate ont produits mes bienfaits !
À peine le deſtin te redonne à ton père, 
Que ton cœur auſſitôt en prend le caractère ;
Et plus ingrat que lui, puiſqu’il me devait moins, 
L’attentat le plus noir eſt le prix de mes ſoins.
Va, pour le prix des tiens, retrouver tes complices ;
Va périr avec eux dans l’horreur des ſupplices.
</poem>
{{centré|P L I S T H È N E.|lh=3}}
<poem>Pourquoi me ſupposer un indigne forfait ?
Eſt-ce pour vos pareils que le prétexte eſt fait ?
Vos reproches honteux n’ont rien qui me ſurprenne, 
Et je ne ſens que trop ce que peut votre haine.


</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/187]]==
<poem>
Aurais-je prétendu, né d’un ſang odieux, 
Vous être plus ſacré que n’ont été les dieux ?
À travers les détours de votre âme parjure, 
J’entrevois des horreurs dont frémit la nature.
Dans la juſte fureur dont mon cœur eſt épris…
Mais non, je me ſouviens que je fus votre fils.
Malgré vos cruautés, & malgré ma colère, 
Je crois encore ici m’adreſſer à mon père.
Quoique trop aſſuré de ne point l’attendrir, 
Je ſens bien que du moins je ne dois point l’aigrir, 
Dans l’eſpoir que ma mort pourra vous ſatisfaire, 
Que vous épargnerez votre malheureux frère.
Le crime ſupposé qu’on m’impute aujourd’hui, 
Tout, juſqu’à ſon départ, eſt un ſecret pour lui.
Sur la foi d’une paix ſi ſaintement jurée, 
Il ſe croit ſans péril entre les mains d’Atrée :
J’ai pénétré moi ſeul au fond de votre cœur ;
Et mon malheureux père eſt encor dans l’erreur.
Je ne vous parle point d’une jeune princeſſe ;
À la faire périr rien ne vous intéreſſe.
</poem>
{{centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Va, tu prétends en vain t’éclaircir de leur ſort ;
Meurs dans ce doute affreux, plus cruel que la mort.
De leur ſort aux enfers va chercher qui t’inſtruise.
Où l’on doit l’immoler, gardes, qu’on le conduiſe, 
Verſez
</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/188]]==
<poem>
Verſez à ma fureur ce ſang abandonné, 
Et ſongez à remplir l’ordre que j’ai donné.</poem>




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{{centré|''S C È N E &nbsp; V.''}}

{{Centré|A T R É E, ſeul.|lh=3}}

<poem>Va périr, malheureux, mais, dans ton ſort funeſte, 
Cent fois moins malheureux que le lâche Thyeſte.
Que je ſuis ſatisfait ! Que de pleurs vont couler
Pour ce fils qu’à ma rage on eſt près d’immoler !
Quel que ſoit en ces lieux ſon ſupplice barbare, 
C’eſt le moindre tourment qu’à Thyeſte il prépare.
Ce fils infortuné, cet objet de ſes vœux, 
Va devenir pour lui l’objet le plus affreux.
Je ne te l’ai rendu que pour te le reprendre, 
Et ne te le ravis que pour mieux te le rendre.
Oui, je voudrais pouvoir, au gré de ma fureur, 
Le porter tout ſanglant juſqu’au fond de ton cœur.
Quel qu’en ſoit le forfait, un deſſein ſi funeſte, 
S’il n’eſt digne d’Atrée, eſt digne de Thyeſte.
De ſon fils tout ſanglant, de ſon malheureux fils, 
Je veux que dans ſon ſein il entende les cris.
C’eſt en toi-même, ingrat, qu’il faut que ma victime, 
Ce fruit de tes amours, aille expier ton crime.
Je friſſonne, & je ſens mon âme ſe troubler ;
C’eſt à mon ennemi qu’il convient de trembler.


</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/189]]==
<poem>
Qui cède à la pitié mérite qu’on l’offenſe ;
Il faut un terme au crime, & non à la vengeance.
Tout eſt prêt ; & déjà, dans mon cœur furieux, 
Je goûte le plaiſir le plus parfait des dieux.
Je vais être vengé, Thyeſte, quelle joie !
(contracted; show full)Cependant, près de vous, un je ne ſais quel charme
Suſpend dans ce moment le trouble qui m’alarme.
Pour raſſurer encor mes timides eſprits, 
Rendez-moi mes enfants, faites venir mon fils ;
Qu’il puiſſe être témoin d’une union ſi chère, 
Et partager, ſeigneur, les bontés de mon frère.
</poem>

{{centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>
</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/191]]==
{{centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>
Vous ſerez ſatisfait, Thyeſte ; & votre fils
Pour jamais en ces lieux va vous être remis.
Oui, mon frère, il n’eſt plus que la Parque inhumaine
Qui puiſſe ſéparer Thyeſte de Pliſthène.
Vous le verrez bientôt ; un ordre de ma part
Le fait de ce palais hâter votre départ.
Pour donner de ma foi des preuves plus certaines, 
(contracted; show full)Il prend la coupe des mains d’Atrée.</poem>
{{Centré|A T R É E ''à ſes gardes, à Thyeſte.''|lh=3}}
<poem>Il n’eſt point de retour ? Raſſurez-vous, mon frère ;
Vous reverrez bientôt une tête ſi chère :
C’eſt de notre union le nœud le plus ſacré ;
Craignez moins que jamais d’en être ſéparé.
</poem>

{{centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>
</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/193]]==
{{centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>
Soyez donc les garants du ſalut de Thyeſte, 
Coupe de nos aïeux, & vous, dieux que j’atteſte.
Puiſſe votre courroux foudroyer déſormais
Le premier de nous deux qui troublera la paix !
Et vous, frère auſſi cher que ma fille & Pliſthène, 
Recevez de ma foi cette preuve certaine.
Mais que vois-je, perfide ? Ah ! Grands dieux ! Quelle horreur !
C’eſt du ſang ! Tout le mien ſe glace dans mon cœur.
Le ſoleil s’obſcurcit ; & la coupe ſanglante
Semble fuir d’elle-même à cette main tremblante.
Je me meurs. Ah ! Mon fils, qu’êtes-vous devenu ?</poem>



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{{centré|''S C È N E &nbsp; VIII.''}}

{{Centré|Atrée, Thyeſte, Théodamie, Euryſthène, Léonide, Gardes.}}

{{centré|T H É O D A M I E.|lh=3}}
<poem>L’avez-vous pu ſouffrir, dieux cruels ? Qu’ai-je vu ?
Ah, ſeigneur ! Votre fils, mon déplorable frère, 
Vient d’être pour jamais privé de la lumière.
</poem>
{{centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>
</poem>
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/194]]==
{{centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>
Mon fils eſt mort, cruel, dans ce même palais, 
Et dans le même inſtant où l’on m’offre la paix !
Et, pour comble d’horreurs, pour comble d’épouvante, 
Barbare, c’eſt du ſang que ta main me préſente !
Ô terre, en ce moment, peux-tu nous ſoutenir ?
Ô de mon ſonge affreux triſte reſſouvenir ?
Mon fils, eſt-ce ton ſang qu’on offrait à ton père ?
</poem>
{{centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Méconnais-tu ce ſang ?
</poem>
{{centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>	{{cach|Méconnais-tu ce ſang ?}}Je reconnais mon frère.
</poem>
{{centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Il fallait le connaître, & ne point l’outrager ;
Ne point forcer ce frère, ingrat, à ſe venger.
</poem>
{{centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>Grands dieux, pour quels forfaits lancez-vous le tonnerre ?
Monſtre, que les enfers ont vomi ſur la terre, 
Aſſouvis la fureur dont ton cœur eſt épris ;
Joins un malheureux père à ſon malheureux fils ;
À ſes mânes ſanglants donne cette victime, 
Et ne t’arrête point au milieu de ton crime.
Barbare, peux-tu bien m’épargner en des lieux
Dont tu viens de chaſſer & le jour & les dieux ?
</poem>
{{centré|A
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/195]]==
{{centré|A T R É E.|lh=3}}
<poem>Non, à voir les malheurs où j’ai plongé ta vie, 
Je me repentirais de te l’avoir ravie.
Par tes gémiſſements je connais ta douleur :
Comme je le voulais tu reſſens ton malheur ;
Et mon cœur, qui perdait l’eſpoir de ſa vengeance, 
Retrouve dans tes pleurs ſon unique eſpérance.
Tu ſouhaites la mort, tu l’implores ; & moi, 
Je te laiſſe le jour pour me venger de toi.
</poem>
{{centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>Tu t’en flattes en vain, & la main de Thyeſte
Saura bien te priver d’un plaiſir ſi funeſte.
{{d|''Il ſe tue.''}}
</poem>
{{centré|T H É O D A M I E.|lh=3}}
<poem>Ah ciel !
</poem>
{{centré|T H Y E S T E.|lh=3}}
<poem>{{cach|Ah ciel !}}Conſolez-vous, ma fille ; & de ces lieux
Fuyez, & remettez votre vengeance aux dieux.
Contente, par vos pleurs, d’implorer leur juſtice, 
Allez loin de ce traître attendre ſon ſupplice.
Les dieux, que ce parjure a fait pâlir d’effroi, 
Le rendront quelque jour plus malheureux que moi ;
Le ciel me le promet, la coupe en eſt le gage ;
Et je meurs.
</poem>
{{centré|
==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/196]]==
{{centré| A T R É E.|lh=3}}
<poem>{{cach|Et je meurs.}}À ce prix, j’accepte le préſage :
Ta main, en t’immolant, a comblé mes ſouhaits, 
Et je jouis enfin du fruit de mes forfaits.</poem>