Difference between revisions 3554836 and 3554838 on frwikisource==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/115]]== {{=}} {{Centré|SCÈNE I.}} (contracted; show full)Je retins à la fois ſon billet & ſon fils. Je voulus étouffer ce monſtre en ſa naiſſance : Mais mon cœur plus prudent l’adopta par vengeance ; Et, méditant dès lors le plus affreux projet, Je le fis au palais apporter en ſecret. Un fils venait de naître à la nouvelle reine ; Pour remplir mes projets, je le nommai Pliſthène, ⏎ ⏎ </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/121]]== <poem> Et mis le fils d’Aerope au berceau de ce fils, Dont depuis m’ont privé les deſtins ennemis. C’eſt ſous un nom ſi cher qu’Argos l’a vu paraître : Je fis périr tous ceux qui pouvaient le connaître ; Et, laiſſant ce ſecret entre les dieux & moi, (contracted; show full){{Centré|A T R É E.|lh=3}} <poem>Pliſthène, né d’un ſang au crime accoutumé, Ne démentira point le ſang qui l’a formé ; Et, comme il a déjà tous les traits de ſa mère, Il aurait quelque jour les vices de ſon père. Quel peut être le fruit d’un couple inceſtueux ? Moi-même j’avais cru Thyeſte vertueux ; ⏎ ⏎ </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/123]]== <poem> Il m’a trompé ; ſon fils me tromperait de même. D’ailleurs, il lui faudrait laiſſer mon diadème ; Le titre de mon fils l’aſſure de ce rang : En faudra-t-il pour lui priver mon propre ſang ; Que dis-je ? Pour venger l’affront le plus funeſte, (contracted; show full)<poem>{{cach|Il vengera ſon père.}}En doutez-vous, ſeigneur ? Eh ! Depuis quand ma foi vous eſt-elle ſuspecte ? Avez-vous des deſſeins que mon cœur ne reſpecte ? Ah ! Si vous en doutiez, de mon ſang le plus pur… </poem> {{Centré|A T R É E.|lh=3}} <poem>Mon fils, ſans en douter, je veux en être sûr. ⏎ ⏎ </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/125]]== <poem> Jurez-moi qu’à mes lois votre main aſſervie Vengera mes affronts au gré de mon envie. </poem> {{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}} <poem>Seigneur, je n’ai point cru que, pour ſervir mon roi, (contracted; show full)Partez, obéiſſez, & ne répliquez plus. Des bords athéniens j’attends quelque nouvelle. Vous, cependant, volez où l’honneur vous appelle. Que ma flotte avec vous ſe diſpose à partir ; Et, quand tout ſera prêt, venez m’en avertir : Je veux de ce départ être témoin moi-même.</poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/127]]==⏎ ⏎ ⏎ ⏎ {{=}} {{Centré|SCÈNE V.}} {{Centré|Pliſthène, Theſſandre.}} {{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}} <poem>⏎ ⏎ Qu’⏎ </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/127]]== <poem>⏎ ai-je fait, malheureux ? Quelle imprudence extrême ! Je ne ſais quel effroi s’empare de mon cœur ; Mais tout mon ſang ſe glace, & je frémis d’horreur. Dieux, que dans mes ſerments malgré moi j’intéreſſe, Perdez le ſouvenir d’une indigne promeſſe ; Ou recevez ici le ſerment que je fais, En duſſé-je périr, de n’obéir jamais. Mais pourquoi m’alarmer d’un ſerment ſi funeſte ? Que peut craindre un grand cœur quand ſa vertu lui reſte ? Athènes me répond d’un trépas glorieux, Et j’y cours m’affranchir d’un ſerment odieux. Survivre aux maux cruels dont le deſtin m’accable, Ce ſerait, plus que lui, m’en rendre un jour coupable. Haï, perſécuté, chargé d’un crime affreux, Dévoré ſans eſpoir d’un amour malheureux, Malgré tant de mépris, que je chéris encore, La mort eſt déſormais le ſeul dieu que j’implore ; Trop heureux de pouvoir arracher en un jour Ma gloire à mes ſerments, mon cœur à ſon amour ! </poem> {{Centré|T H E S S A N D R E.|lh=3}} <poem> </poem>⏎ ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/128]]== {{Centré|T H E S S A N D R E.|lh=3}}⏎ <poem> Que dites-vous, ſeigneur ? Quoi ! Pour une inconnue… </poem> {{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}} <poem>Peux-tu me condamner, Theſſandre ? Tu l’as vue : Non, jamais plus de grace & plus de majeſté N’ont diſtingué les traits de la divinité. Sa beauté, tout enfin, juſqu’à ſon malheur même, N’offre en elle qu’un front digne du diadême : De ſuperbes débris, une noble fierté, Tout en elle du ſang marque la dignité. Je te dirai bien plus : cette même inconnue Voit mon âme à regret dans ſes fers retenue ; Et qui peut dédaigner mon amour & mon rang Ne peut être formé que d’un illuſtre ſang. Quoi qu’il en ſoit, mon cœur, charmé de ce qu’il aime, N’examine plus rien dans ſon amour extrême. Quel cœur n’eût-elle pas attendri, juſtes dieux ! Dans l’état où le ſort vint l’offrir à mes yeux, Déplorable jouet des vents & de l’orage, Qui, même en l’y pouſſant, l’envioient au rivage ; Roulant parmi les flots, les morts, & les débris, Des horreurs du trépas les traits déjà flétris, Mourante entre les bras de ſon malheureux père, Tout prêt lui-même à ſuivre une fille ſi chère !… J’entends du bruit. On vient : peut-être c’eſt le roi…</poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/129]]==⏎ ⏎ {{=}} {{Centré|SCÈNE VI.}} {{Centré|Théodamie, Léonide, Pliſthène, Theſſandre.}} {{Centré|PLISTHÈNE, à Theſſandre.|lh=3}} <poem>Mais⏎ </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/129]]== <poem>⏎ non ; c’eſt l’étrangère. Ah ! Qu’eſt-ce que je vois, Theſſandre ? Un ſoin preſſant ſemble occuper ſon âme. {{d|''À Théodamie.''}} Où portez-vous vos pas ? Me cherchez-vous, madame ? Du trouble où je vous vois ne puis-je être éclairci ? </poem> {{Centré|T H É O D A M I E.|lh=3}} <poem>C’eſt vous-même, ſeigneur, que je cherchais ici. (contracted; show full)Mon nom eſt peu connu, ma patrie eſt la Grèce ; Et j’ignore en quel lieu, ſortant de ces climats, Mon père infortuné doit adreſſer ſes pas. </poem> {{Centré|P L I S T H È N E.|lh=3}} <poem>Je ne vous preſſe point d’éclaircir ce myſtère ; Je ſouscris au ſecret que vous voulez m’en faire. ⏎ ⏎ </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/131]]== <poem> Abandonnez ces lieux, ôtez-moi pour jamais Le dangereux eſpoir de revoir vos attraits. Fuyez un malheureux ; puniſſez-le, madame, D’oſer brûler pour vous de la plus vive flamme : Et moi, prêt d’adorer juſqu’à votre rigueur, J’attendrai que la mort vous chaſſe de mon cœur : C’eſt, dans mon ſort cruel, mon unique eſpérance. Mon amour, cependant, n’a rien qui vous offenſe ; Le ciel m’en eſt témoin : & jamais vos beaux yeux N’ont peut-être allumé de moins coupables feux. Ce cœur, à qui le vôtre eſt toujours ſi ſévère, N’offrit jamais aux dieux d’hommage plus ſincère. Inutiles reſpects ! Reproches ſuperflus ! Tout va nous ſéparer ; je ne vous verrai plus. Adieu, madame, adieu ; prompt à vous ſatisfaire, Je reviendrai pour vous m’employer près d’un père : Quel qu’en ſoit le ſuccès, je vous réponds du moins, Malgré votre rigueur, de mes plus tendres ſoins.</poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/132]]==⏎ ⏎ ⏎ {{=}} {{Centré|SCÈNE VII.}} {{Centré|Théodamie, Léonide.}} {{Centré|T H É O D A M I⏎ ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/132]]==⏎ E.|lh=3}} <poem>Où ſommes-nous, hélas ! Ma chère Léonide ? Quel aſtre injurieux en ces climats nous guide ? Ô vous, qui nous jetez ſur ces bords odieux, Cachez-nous au tyran qui règne dans ces lieux, Dieux puiſſants ! Sauvez-nous d’une main ennemie ! Quel ſéjour pour Thyeſte & pour Théodamie ! Du ſort qui nous pourſuit vois quelle eſt la rigueur. Atrée, après vingt ans, rallumant ſa fureur, Sous d’autres intérêts déguiſant ce myſtère, Arme pour déſoler l’aſile de ſon frère. L’infortuné Thyeſte, inſtruit de ce danger, À ſon tour, en ſecret, arme pour ſe venger, Flatté du vain eſpoir de rentrer dans Mycènes, Tandis que l’ennemi voguerait vers Athènes, Ou pendant que Chalcys, par de puiſſants efforts, Retiendrait le tyran ſur ces funeſtes bords. Inutiles projets ! Inutile eſpérance ! L’Euripe a tout détruit ; plus d’eſpoir de vengeance : Et c’eſt ce même amant, ce prince généreux, Sans qui nous périſſions ſur ce rivage affreux, ⏎ ⏎ </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/133]]== <poem> Ce prince, à qui je dois le ſalut de mon père, Qui, la foudre à la main, va combler ſa miſère. Athènes va tomber, ſi, pour comble de maux, Thyeſte dans ces murs n’accable ce héros. Trop heureux cependant, ſi de l’île d’Eubée Il pouvait s’éloigner ſans le ſecours d’Atrée ! Sauvez l’en, s’il ſe peut, grands dieux ! Votre courroux Pourſuit-il des mortels ſi ſemblables à vous ? Ciel, puiſqu’il faut punir, venge-toi ſur ſon frère : Atrée eſt un objet digne de ta colère. Je tremble à chaque pas que je fais en ces lieux : Hélas ! Thyeſte en vain s’y cache à tous les yeux ; Quoique abſent dès longtemps, on peut le reconnaître : Heureux que ſa langueur l’empêche d’y paraître ! </poem> {{Centré|L É O N I D E.|lh=3}} <poem>Eſpérez du deſtin un traitement plus doux ; Que craindre d’un tyran, quand ſon fils eſt pour vous ? Attendez tout d’un cœur & généreux & tendre : La main qui nous ſauva peut encor vous défendre. Tout n’eſt pas contre vous dans ce fatal ſéjour, Puiſque déjà vos yeux y donnent de l’amour. </poem> {{Centré|T H É O D A M I E.|lh=3}} <poem>Ne comptes-tu pour rien un amour ſi funeſte ? Le fils d’Atrée aimer la fille de Thyeſte ! Hélas ! Si cet amour eſt un crime pour lui, </poem> ==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/134]]== <poem> ⏎ ⏎ Comment nommer le feu dont je brûle aujourd’hui ? Car enfin ne crois pas que j’y ſois moins livrée ; La fille de Thyeſte aime le fils d’Atrée. Contre tant de vertus mon cœur mal affermi Craint plus en lui l’amant qu’il ne craint l’ennemi. Mais mon père m’attend : allons lui faire entendre, Pour un départ ſi prompt, le parti qu’il faut prendre : Heureuſe cependant ſi ce funeſte jour Ne voit d’autres malheurs que ceux de notre amour.</poem> All content in the above text box is licensed under the Creative Commons Attribution-ShareAlike license Version 4 and was originally sourced from https://fr.wikisource.org/w/index.php?diff=prev&oldid=3554838.
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