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==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/115]]==




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{{Centré|SCÈNE I.}}
(contracted; show full)De mon indigne amour eût étouffé l’ardeur !
Celui de l’infidèle éclatait pour Thyeſte
Au milieu des horreurs du ſort le plus funeſte.
Je ne puis, ſans frémir, y penſer aujourd’hui ;
Aerope, en expirant, brûlait encor pour lui.
Voilà ce qu’en un mot ſurprit ma vigilance
À ceux qui de l’ingrate avaient la confidence.

{{d|''Il lui montre en ce moment une lettre d’Aerope.

''}}
{{Centré|Lettre d’Aerope.
"}}
''D’Atrée en ce moment j’éprouve le courroux, 

''
''Cher Thyeſte, & je meurs ſans regretter la vie :

''
''Puiſque je ne l’aimais que pour vivre avec vous, 

''
''Je ne murmure point qu’elle me ſoit ravie.

''
''Pliſthène fut le fruit de nos triſtes amours :

''
''S’il paſſe juſqu’à vous, prenez ſoin de ſes jours ;

''
''Qu’il faſſe quelquefois reſſouvenir ſon père

''
''Du malheureux amour qu’avait pour lui ſa mère. "''
Juge de quel ſuccès ſes ſoins furent ſuivis ;
Je retins à la fois ſon billet & ſon fils.
Je voulus étouffer ce monſtre en ſa naiſſance :
Mais mon cœur plus prudent l’adopta par vengeance ;
Et, méditant dès lors le plus affreux projet, 
Je le fis au palais apporter en ſecret.
Un fils venait de naître à la nouvelle reine ;
Pour remplir mes projets, je le nommai Pliſthène, 
</poem>


==[[Page:Œuvres de M. de Crébillon, tome premier, 1750.djvu/121]]==
<poem>
Et mis le fils d’Aerope au berceau de ce fils, 
Dont depuis m’ont privé les deſtins ennemis.
C’eſt ſous un nom ſi cher qu’Argos l’a vu paraître :
Je fis périr tous ceux qui pouvaient le connaître ;
Et, laiſſant ce ſecret entre les dieux & moi, 
Je ne l’ai juſqu’ici confié qu’à ta foi.
(contracted; show full)Car enfin ne crois pas que j’y ſois moins livrée ;
La fille de Thyeſte aime le fils d’Atrée.
Contre tant de vertus mon cœur mal affermi
Craint plus en lui l’amant qu’il ne craint l’ennemi.
Mais mon père m’attend : allons lui faire entendre, 
Pour un départ ſi prompt, le parti qu’il faut prendre :
Heureuſe cependant ſi ce funeſte jour
Ne voit d’autres malheurs que ceux de notre amour.</poem>